Le billet de Clairis 2015

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JAZZ RUNNERS QUINTET - 24/01/15

En ouverture du premier concert de l'année 2015, ce 24 janvier à la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage, le vice-président de Jazzy 77, Serge Billon, présenta comme à son habitude toute l'équipe des bénévoles, présidée par Thérèse Petitprez, et qui animent et/ou préparent la salle à chaque séance, de même que votre serviteur, dont la "plume" écrit régulièrement un petit billet d'humeur sur le site internet de la Cave. Peut-être certains des spectateurs l'ont-ils remarqué, il avait en main, pour ses notes en live, non pas un stylo, mais un crayon. Cela se voulait représenter toute une symbolique de pensée, en souvenir de cinq noms : Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, des "martyrs" de la liberté d'expression, des mortels connus des seuls amateurs d'humour politique ou social dans la presse, et qui ont été mis en lumière, devenant tant en France qu'à travers le monde, immortels ! Avec une pensée pour les autres victimes de cet assassinat abject.
Sans entrer dans la caricature, les invités de ce soir étaient cinq, eux aussi, et chantres d'une certaine liberté : celle de l'expression et de l'improvisation jazzy. Sous d'autres cieux assombris par cet obscurantisme d'un autre temps, ils n'auraient d'ailleurs pu jouer, car la musique d'une façon générale y est interdite, comme tant d'autres choses essentielles à l'harmonie de la vie ou lui donnant sens…
Cela dit, place à la musique, nous référant à cette définition du musicien John Pearse, que le premier président de Jazzy 77, Jean-Claude Billaud, aime rappeler :
"Music really does make the world a better place"
Donc sur scène le quintet des Jazz Runners, des musiciens d'expérience et à la forte personnalité, réunis en juin 2012 pour un road movie en Amérique latine, plus précisément au Venezuela, un périple improbable - comme ils se plaisent à le dire - mais qui leur a insufflé une richesse créatrice impressionnante, avec pour cette soirée au répertoire, cottoyant quelques standards, nombre de compositions originales qui concourent à exprimer une vitalité et une sensibilité aux riches effluves exotiques africaines et sud-américaines.
Autour du guitariste Gilles Renne, qui a parcouru le monde et joué avec les plus grands, des compagnons qui n'ont rien à envier à son parcours : Sylvain Sourdeix, aux saxophones soprano et tenor ; Philippe Petit, à l'orgue Hammond B3 ; Sydney Haddad, aux percussions ; et Jean-Luc Lopez, à la batterie et aux drums. Avec pour définition de style : l'Equatorial Jazz Groove.
Dès les premières notes, le ton est donné, le décor du voyage esquissé. On ne peut que se laisser porter par la rythmique qui vous entraîne dans un paysage musical luxuriant où règne une exubérance des couleurs et où ruissellent d'amples coulées de lumière, une ambiance aussi très visuelle où l'éclairage de scène, avec ses leds colorés apporte sa contribution… Et puis, il y a cette forte sensation que les musiciens ont plaisir à jouer, en construisant l'osmose qui les réunit, en recherche de la pulsation fluide qui installe les échanges, de l'émotion qui se dégage des phrasés mélodiques, et surtout en quête de cet état de grâce difficile à définir, déjà pour le musicien - mais surtout le profane - , que l'on nomme "groove" et qui correspond à la sensation d'une musique qui, dit-on, "décolle" rythmiquement. Et d'évoquer en référence des approches possibles, outre le swing en jazz, le duende en flamenco, la pompe en musique manouche ou le tarab en musique arabe.
Qu'ajouter alors, sinon que le public est conquis, participant à la rythmique des battements de ses mains, ou encore, dans la pénombre du fond de salle, révélant des corps qui s'adonnent à la danse.
Vers minuit, Serge Billon évoquera pour conclure la soirée l'excentrique  Salvador Dali, qui affirmait que le centre du monde se trouvait à la gare de Perpignan, disant que l'artiste devait s'être retourné dans sa tombe, en apprenant que le centre du monde, un soir, s'était déplacé à Lorrez-le-Bocage.
Mais pour conclure sur cette belle soirée, qui avait emporté les esprits pendant quelques heures vers un ailleurs apaisant, j'ai l'envie de terminer sur cette pensée personnelle : "Jazz est grand", et même "très grand", quand il est servi par des invités d'un tel talent. Merci à Gilles et Sylvain et à leur Jazz Runners Quintet !

 


BELTUNER QUARTET - 21/02/15

Johann Riche est un être particulier qui, d'origine vosgienne, aurait plutôt l'allure d'un mage indien ou africain, vêtu de noir et les yeux bordés de khôl, diverses bagues aux doigts et sorte de croix du sud pendante à la poitrine. Ou plutôt un personnage un peu insaisissable à la Jack Sparrow, celui qui écumait la mer des Caraïbes, et qui aussi navigue à vue et à l'instinct à la recherche de rencontres et de sensations fortes, n'hésitant pas à dire : "Bonheur est chemin”… Mais son instrument de prédilection n'est pas le sabre d'abordage, c'est l'accordéon, comme en jouait son grand-père - et maître -, ici un "Beltuna", qui est la grande marque italienne en la matière. La marque ! Comme le souligne Johann : c'est elle qui a donné son nom au "Beltuner Quartet".
Autour du piano à bretelle et formant le noyau de l'équipage, des complices d'expérience et talentueux, des aventureux de la musique, avec, sur le pont, les cordes de Pascal Muller, à la guitare, et de Nicolas Pautras, à la contrebasse. En d'autres temps, il y eu pour compléter le quartet une deuxième guitare, celle de Arnaud Soidet et même un violon, celui de Véronique Audin. Mais ce 21 février, ce sont les percussions de Michaël Correia qui vont donner le ton, un autre compagnon de route rallié depuis quelques temps et tanné par le sel des courses.
Curieusement, le Beltuner Quartet, au travers de Johann et de ses flibustiers, ne revendique pas une quelconque appartenance au Jazz, car il se veut d'âme nomade et  d'esprit musical libre et universel, et l'on pourrait s'interroger si ce n'était pas une gageure, au final, d'inviter un tel groupe à La Cave du Jazz.
Inutile d'ailleurs de demander les titres prévus pour la soirée : tout se ferait en "live", au cours du premier set, et Johann, dès l'appareillage et entrée sur scène, souhaitera simplement aux spectateurs nombreux venus l'écouter : "Bon voyage !”.
Étions-nous donc invités à une grande croisière au sein des musiques du monde ? Il n'en sera rien, car nous allons en fait découvrir, sous bon vent et toutes voiles dehors, un univers musical qui n'appartient qu'à l'univers du voilier Beltuner, au cours de la traversée et d'escales colorées par des cultures des plus diverses.
Mais l'orchestration n'est pas sans désorienter, notamment pour celui qui aurait voulu écouter, avant cette soirée, le jeu accordéoniste en solo de Johann. Ce qui fut mon cas, et j'en conservais le souvenir de mélodies fluides et chantantes, comme pour "Âme indigo".
Au travers du filtre Beltuner et d'une interprétation très expressionniste se dégage un souffle évocateur complexe, mélange des genres et porteur de nombreuses influences, qui peut parfois mener à l'étrange, lorsque les effluves sonores semblent planer et venir de l'espace ou que l'on imagine une navigation fluviale amazonienne rythmée de percussions, des raids en des lieux exotiques porteurs de réminiscences balkaniques, - tzigane ou yiddish,… -, et même celtique ou encore turque. … Des "flashs" qui passent, à saisir, mais que l'on a guère le temps d'interpréter. On est en dépendance, en ivresse sonore.
Où sommes-nous vraiment ? Difficile à dire, car l'imaginaire des musiciens est là pour brouiller les pistes. On y fait toutefois des rencontres furtives, improbables ou vites oubliées car noyées dans le foisonnement mélodique, ainsi de Gainsbourg ou de Brel, d'Astor Piazzola,… Certains diront même avoir croisé Éric Satie ou Daniel Lavoie, ou encore Jimmy Hendricks. C'est complexe à souhait, coloré, virevoltant, mélange de réminiscences musicales et de sensations tout simplement "beltunériennes" - osons l'adjectif ! -. Il y a des fulgurances et des apaisements, des battements de cœur et des éclats de voix, des violences et de la douceur. L'espace scénique vibre de tout cet écheveau rythmique, création originale ou reprises de Johann, aux sonorités très contemporaines, et c'est captivant de voir chacun des officiants user de son instrument avec tant de conviction, de maîtrise et de savoir-faire. L'osmose et la complicité sont grandes entre tous, et l'on se plait à regarder Johann - un Jack Sparrow qui se livre à ses folies -, faire corps avec son accordéon prodigue, auquel les mains expertes donnent vie, virevoltant sur les touches et animant d'amples mouvements ses soufflets, au fil d'une inspiration à la diable, souvent débridée ; Pascal et sa guitare, qui passe avec aisance de la "pompe" à la mélodie ; Nicolas aussi à l'aise en pianotant des doigts ses cordes qu'en les caressant avec son archet ; Michaël et son exotisme percussionniste, qui rythme le voyage… C'est très "jazzy" tout cela, qui semble noyé dans la pure improvisation. Et cela convient bien à l'esprit de la Cave du Jazz !
Mais on peut avoir eu cette impression, côté public, d'avoir été un peu oublié ou mis à l'écart, tant la connivence est forte entre chacun des protagonistes du quartet, tant leur sérénité, lisible sur les visages, en particulier durant le second set, est éclatante. Ils sont entre eux, ils ont plaisir à l'être. Mais cela donne aussi plus de force au partage inévitable. Car se donner à la musique ne peut être aussi que se donner au public. Nous étions tous sur le même bateau, embarqués et emportés par le souffle des nuées qui gonfle les voiles.
Les douze coups de minuit ayant retenti, cela n'arrêtera pas les musiciens, prenant conscience que la salle était toujours en vibration. Malgré l'heure tardive, Johann offrit la primeur de leur dernière composition, "Lost Again”, qui clôtura le concert à près de minuit trente. Nous sommes de retour au port.
Une longue soirée qui ne fut donc l'objet d'aucun rappel, car la générosité du groupe était ainsi : donner sans compter et sans attendre. Et si les conditions en avaient été telles, certes raisonnables pour un public qui doit reprendre la route, cela aurait encore pu durer, à n'en pas douter, jusqu'à une transe finale partagée…


Musiques à ouïr CLARINET UNLIMITED - 21/03/15

Salle comble, en cette soirée du 21 mars 2015, veille du premier tour des élections départementales, pour accueillir Clarinet Unlimited, une formation issue de la célèbre Clarinet Connection, que la Cave du Jazz avait accueillie à plusieurs reprises avec le plus grand succès et une redemande constante, selon mes souvenirs en octobre 2001, mars 2004, février 2007 et février 2011, mais qui aujourd'hui, composée d'hommes et de femmes, n'avait pas atteint la parité, - comme le souligna en ouverture Serge Billon, vice-président de Jazzy 77 -, précisant toutefois qu'il s'agissait d'un quintet, donc qu'un tel objectif recherché des politiques était ici impossible… Voilà pour le prologue à un concert qui se devait d'être encore une fois majeur, et faire oublier durant quelques heures les enjeux territoriaux, avec des têtes d'affiche ici vraiment incontestables : aux soufflants, deux clarinettes : celles de Michel Mardiguian et Dominique Bertrand (qui remplaçait le partenaire habituel du duo complice : Jacques Montebruno, alité avec 40° de fièvre) ; aux cordes : Marie-Ange Martin à la guitare et Patricia Lebeugle à la contrebasse ; à la batterie : Michel Denis.
Comme l'avait écrit Maïté, dans le programme : "Ces cinq musiciens ont un parcours musical tellement riche que la place manque pour décrire chacun d'eux”. Elle précisait : "Aussi, il est indispensable de venir les écouter et se rendre compte soi-même, mais surtout pour savourer sans modération un grand moment musical”.  Et le public était bien au rendez-vous, au grand plaisir de l'association, qui en indiqua un autre, sachant que le Jazz New Orleans attire surtout les anciens : la présence d'une famille avec quatre très jeunes enfants, qui plus est, en découverte instrumentale. Il y avait là, par ordre alphabétique et avec indication de leur instrument d'étude : Clément (trompette), Jeanne (clarinette), Morgan (violon) et Rémy (saxophone), de quoi satisfaire leurs parents, qui doivent, on l'imagine, s'offrir régulièrement de petits moments musicaux réjouissants,… en plus du grand que nous allions tous vivre ce soir.
Au cœur de ce concert original, il y a bien sûr le couple de clarinettistes. Un jeu que nous savons marqué par leur personnalité exigeante, leur soif de perfection et de musicalité, - ici selon une influence jazzy créole -, les subtilités du lyrisme mélodique. Habituellement, Michel et Jacques ; aujourd'hui, Michel et Dominique… Ce fut un jeu d'anches exemplaire où s'imposaient la maîtrise instrumentale, du talent en réciprocité, et une osmose qui laisse penser que ces deux-là ont une certaine habitude de croiser leurs souffles. Des clarinettes en apparente liberté, vives et chantantes, en grande sobriété et harmonie, qui sont soutenues par des cordes d'exception : celles de la guitariste Marie-Ange, qui, d'un doigté sans pareil sur sa "Gibson", les accompagne de notes rondes et veloutées, et celles de la contrebassiste Patricia, sensuelle et fascinante, presque menue auprès de son instrument que son corps semble parfois enlacer ; ses mains semblent survoler les cordes (à l'image de Pierre Calligaris sur les touches de son piano "stride") pour en extraire des sonorités mélodiques ou rythmiques, toujours en symbiose avec les percussions sensibles et inventives de Michel.
C'est de la belle musique, chaleureuse et séductrice, génératrice d'émotions, qui manifestement a enthousiasmé le public présent, à l'écoute des nombreux battements de mains qui ponctuent chaque fin de morceau, mais aussi dans les divers soli où chaque musicien donne, à son tour, la mesure de son talent et de sa sensibilité. Chacun des titres apparaît comme un petit joyau musical, sans "fausse note" de goût, où chaque instrument apporte sa justesse et justifie sa présence.
Cela aura été une superbe flânerie en terre de Louisiane, entre swing, spiritual et blues (superbe interprétation en solo de "Saint-Louis Blues" par Dominique), en compagnie de grands du Jazz, comme Fats Waller, Duke Ellington ou encore Sidney Bechet, dont Clarinet Unlimited offrira un "Really the Blues”, demandé par une personne du public.
Que le temps passe vite, en compagnie de ces musiciens ! Leur dernier morceau "Nagasaki", que Michel qualifie d'explosif (mais créé bien avant le dramatique bombardement de la ville japonaise), et porte-bonheur du quintet, en donnant chaque fois le point final au spectacle, devra accepter pour véritable clôture un bis : "As long as I live", sans doute pour me persuader que je garderai de cette soirée, Aussi longtemps que je vivrai, un souvenir vivace. Y ajoutant pour l'enrichir la montée sur scène, accompagnés de la présidente de Jazzy 77, Thérèse Petitprez, de Jeanne, - la clarinettiste en herbe -, et de son frère Morgan, porteurs chacun d'un bouquet de fleurs, pour remercier ces deux belles "croqueuses" de cordes que sont Marie-Ange et Patricia.
Merci à ce quintet d'exception pour cette belle prestation !

 


V.J.O. Quartet RIVE DROITE RIVE GAUCHE - 25/04/15

Nous sommes à Lorrez-le-Bocage, mais comment ne pas s'imprégner, ce soir du 25 avril 2015, de ces cabarets parisiens qui, rive droite et rive gauche, portèrent et portent encore pour certains haut le jazz, avec sur la "scène" un sextet d'exception : le justement Rive Droite Rive Gauche Swing Band. Un groupe séduisant à plus d'un titre, dont les cheveux d'argent (ou quelques crânes peu chevelus), au travers de celui de When your hair has turned to silver, expriment une expérience jazzistique sans pareil : chacun d'eux ayant accompagné des artistes, - comme le rappela Maïté dans le programme de La Cave du Jazz -, tels Stephan Grappelli, Marcel Zannini, Maxim Saury - auquel Memory of You rendra hommage -, Marc Laferrière, Daniel Huck, Éric Luter,… ou ayant participé à de grands festivals qui leur firent parcourir le monde, ou encore animé des croisières. Une séduction qui dépasse le simple talent, car chacun cultive aussi une cordialité naturelle très sympathique et surtout du respect (concept devenu rare aujourd'hui). Ceci, pour les organisateurs, au travers de leur ponctualité à venir rejoindre la salle Sainte-Anne pour s'installer et faire la balance ; cela, pour le public, au travers d'une tenue où l'élégance est de mise, pantalon noir et chemise blanche marquée d'un superbe logo, cravate rose.
À signaler que tandis qu'ils prenaient place, Serge Billon, vice-président de Jazzy 77, souligna la présence parmi les organisateurs du spectacle des "petites mains" qui participent activement à la soirée : Lya, Lucas et Émilie, de 8 à 17 ans. Une présence encourageante pour les bénévoles de l'association, qui donnent leur temps sans compter pour la préparation des concerts.
Donc sur scène : le leader Gérald Chauvin (membre du Hot Club de France) à la clarinette, accompagné de deux autres soufflants, Alain Perreau à la trompette et Michel Simonneau aux trombones basse et ténor ; Michel Crichton, - l'auteur me semble-t-il du logo -, au piano ; Bernard Brimeur à la contrebasse ; et Philippe Merville à la batterie. Une formation créée il y a une dizaine d'années qui se révèle équilibrée et illustratrice de grand métier, mais aussi d'une complicité et d'une osmose de jeu qui s'impose dès les premières mesures… Et l'on est rapidement sous le charme, parcourant des classiques du Jazz et du Swing d'où émergent des noms comme Sidney Bechet, Duke Ellington, Fats Waller, et bien d'autres. Des interprétations colorées, à la fois enlevées ou légères, savamment modulées et dosées au niveau des soufflants par les sourdines. Et quel jeu pour tous ! Avec une clarinette tournoyante, un piano virevoltant, presque stride, une trompette vive qui s'équilibre avec un trombone suave, une contrebasse qui rythme et joue avec netteté la mélodie, et une batterie qui accompagne le tout avec finesse… Au final, c'est tout simplement flamboyant. Et d'aucuns dans le public diront du concert, en fin de spectacle, que chaque morceau fut traité avec clarté et pureté. La classe !
Pour terminer j'ajouterai : c'est si bon d'écouter du jazz de cette qualité !
Cela pour introduire aussi cette petite anecdote, relatée par Michel Crichton, et relative justement au célèbre morceaud'Henri Betti, C'est si bon. Celui-ci avait raconté au pianiste la genèse de la composition, née au hasard d'une flânerie dans les rues de Nice, en 1947, alors qu'il regardait la vitrine d'une boutique de sous-vêtements féminins. Quelques notes (les neuf premières), qui trouvèrent leur titre avec le parolier André Hornez. Lorsque la partition fut déclarée à la Sacem et éditée aux Éditions Paul Beuscher, elle trouva bien quelques interprètes, mais des succès sans lendemain. Le temps de l'oubli avait vite fait son œuvre : un an, deux ans passèrent ainsi…
Et puis, un jour, alors qu'il se rasait, Betti entendit à la radio une voix gutturale chanter C'est si bon, It's so good : celle de Louis Armstrong ! La chanson eut dès lors un succès planétaire, qui d'ailleurs se confirma ce soir à Lorrez-le-Bocage, puisque la composition y fut jouée, s'ajoutant avec bonheur au flot musical de la soirée, si fluide entre les rives droites et gauches de nos pensées jazzistiques.


René Sopa COLLECTIF SWING - 16/05/15

La soirée du 16 mai 2015, à la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage, fut particulière, car elle accueillait, une fois n'est pas coutume, un groupe de musiciens locaux né en 2006 et bien ancré dans le bocage gâtinais (à l'exception de l'un d'eux, émigré le temps d'une concert, puisqu'il vient de la lointaine région auxerroise !)... À cela s'ajoute un programme dont le répertoire s'inscrit et se centre dans la tradition swing Sud Seine et Marnaise : le Jazz afro-américain, longtemps en rayonnement à Fontainebleau, et le Jazz manouche, toujours présent à Samois lors de son festival annuel dédié à Django Reinhardt. Avec donc une ouverture culturelle extrême qui va de la Floride à la Bohême, et qui attira un public nombreux, préférant cette Nuit Jazzy à la Nuit européenne des Musées, au grand plaisir des organisateurs, souvent prisonniers de la disponibilité de la salle Sainte-Anne.
Bienvenue au Collectif Swing !  Autre originalité, les musiciens prirent place sur scène les uns après les autres, chacun prenant son instrument pour en jouer quelques mesures, le temps d'accueillir le suivant. Ainsi arrivèrent, sous les applaudissements, Raphaël Hansen le batteur, puis Vincent Gallart-Valle, le guitariste rythmique, Christophe Michaud, le bassiste, puis les guitaristes mélodiques Frédéric Varela et Hugues Renaud. Un bel ensemble essentiellement de cordes auxquelles se joignit l'invitée surprise : la chanteuse Émilie Hédou, bien connue pour sa passion pour le soul et le gospel, longtemps vedette du groupe Soul Fiction, et que l'on associe souvent à Aretha Franklin, qu'elle chante souvent, quand elle n'interprète pas Otis Redding ou encore Ray Charles…
À son propos, il me vient le souvenir d'une certaine candidate à l'émission Tout le monde veut prendre sa place, animée par Nagui, et qui fit une intervention musicale remarquée et remarquable, si mes souvenirs sont bons en 2010, en chantant, à capella, quelques bribes de "Respect” d'Aretha Franklin. C'était Émilie. Quel naturel et quel tempérament !
Du beau monde sur scène, donc, les hommes en chemise sombre et cravate gris-clair, notre vedette féminine en une tenue noire qui tranche avec sa chevelure blonde, une rose rouge sur le cœur et une belle rondeur annonciatrice d'une naissance prochaine…
C'est sa voix qui s'impose, dès les premiers instants, suave et puissante, expressive, et sa large tessiture mezzo alto fait merveille, alliée à un timbre particulièrement agréable. Son Summertime interprété en partie à capella, avec alors le seul soutien de percussions qui battent tout en finesse, est particulièrement émouvant. Elle est vraiment une chanteuse de talent, dont la présence irradie de générosité !
Côté instrumental, les musiciens ne sont pas en reste, avec un jeu fluide où l'influence de Django domine les phrasés. Les notes coulent avec vivacité, sous les doigtés experts et vifs des guitaristes et du bassiste, chantantes et brillantes, en osmose avec là aussi une présence générale, où le spectateur est sensible au plaisir qu'ils ont de jouer ensemble. On est vraiment sous le charme, porté par une ambiance musicale alternance de fulgurance et d'apaisement.
Ils n'oublieront pas que, cette semaine, le grand B. B. King a rejoint le paradis du Jazz, et lui dédicaceront en hommage "The Thrill is gone". Le regretté Patrick Saussois, autre musicien du cru, ne sera pas non plus oublié, avec "La chanson de Zélie”.
Sous les rappels vigoureux, aux environs de minuit, "Les yeux noirs” à la mode manouche et non tsigane, formeront une superbe conclusion au spectacle avec en final une accélération du rythme où les battements de mains des spectateurs auront bien du mal à se maintenir…
Et puis, en remerciements de sa prestation, une fillette conduite par Thérèse Petitprez, la présidente de Jazzy 77, Maéva, offrira un grand bouquet de fleurs Émilie, fort émue.
Quant à nous, nous n'avons vraiment pas regretté notre absence aux nocturnes muséaux de la région, et d'ailleurs, qui méritent toujours la visite !


F^te de la musique 2014 PIERRE CALLIGARIS - STÉPHANE GUÉRAULT DUO - 20/06/15

Une soirée particulière, que celle du 20 juin 2015, à la Cave du Jazz.
Pour diverses raisons : l'attitude du Comité des Fêtes de Lorrez-le-Bocage qui, à la veille de la Fête de la Musique, a préféré jouer en solo ce soir-là, plutôt que de s'associer, comme par le passé, avec Jazzy 77 ; la désinvolture d'une association lorrezienne qui avait emprunté les confortables sièges de la salle Sainte-Anne sans les rapporter en temps utile… Une soirée, de plus, fort riche localement en manifestations musicales diverses, ici et là, qui aurait pu laisser craindre une présence moindre du public de la Cave, malgré une tête d'affiche de premier plan : Pierre Calligaris duo.
Oui, une soirée bien particulière, mais pas en cela. Car le public ne s'y trompa pas, qui fait confiance aux choix de la Cave du Jazz, et il vint nombreux accueillir ces deux grands du jazz que sont Pierre Calligaris et son piano stride et le clarinettiste Stéphane Guérault, à la verve inimitable. Des anciens qui sont véritablement imprégnés de culture jazzy, des musiciens qui n'ont pas besoin de préparer et peaufiner un programme pour en créer un, en live et d'instinct, selon l'écoute et la réception de l'auditoire. Bien sûr, le Jazz est, en plus de sa culture traditionnelle, improvisation ; mais ces deux là en sont des maîtres, ajoutant au qualificatif une convivialité naturelle faite pour le partage. À leur côté s'était joint François-Xavier Coffre, contrebassiste devenu presque incontournable localement pour accompagner Pierre.
Mais ce qui rendit la soirée encore plus particulière, c'est qu'ils attirèrent un groupe bellifontain, dont fait partie François-Xavier : le Musty Jazz Quintet, qui vint apporter son concours et participer à un bœuf. Et de citer donc Claude Barrecca, au clavier, Serge Deba, à la batterie, avec, au chant, deux charmantes interprètes : Stéphanie Carpentier-Coffre, fille de notre contrebassiste, et Sophie Billebault. Quelques six titres furent ainsi joué en la compagnie du groupe, mais François-Xavier officia durant tout le spectacle et Serge pendant plus d'un set.
Donc, un concert d'exception, à géométrie variable et festif en diable, à l'image de ce que doit être la Fête de la Musique, et que se partagèrent, pour le grand plaisir de tous, ces sept musiciens.
Alors qu'écrire ? Sinon que le public fut enchanté, à la découverte d'un programme qui se construisait au fur et à mesure de l'inspiration, sans que soit perceptible la moindre imperfection sonore due à l'absence de répétition et, d'une manière générale, de jeu collégial. Car, en dehors du trio de base, les autres membres du quintet n'avaient jamais eu le loisir de jouer avec les premiers. Une découverte réciproque qui se fit dans un accord total.
On retiendra, parmi d'autres moments, le dialogue musical des deux "Stéph", Stéphane Guérault, cheveux grisonnants et costume gris clair, à la voix rocailleuse armstronienne, et Stéphanie Carpentier, chevelure brune et robe noire, à la voix souple et grave… La connivence s'était installée, reliant le visage hilare de l'un à celui charmeur de l'autre. Un autre moment chanté remarqué fut celui où les timbres des deux jeunes femmes se fondèrent dans une parfaite harmonie…
Mais toute cette soirée fut remarquablement partagée, dominée bien sûr par les deux leaders, dont la présence brille d'un métier et d'une décontraction sans pareils, qui laissent toute leur place au talent et à l'expression artistique. Ils terminèrent chacun leur tour la soirée, lors des bis et fort tard, minuit passé, par de beaux soli instrumentaux.
Cette Fête à la Cave du Jazz, passée entre autres en compagnie de Louis Armstrong, Ray Charles, Nat King Cole, Bill Coleman, Duke Ellington,… fut un superbe prélude aux grandes vacances estivales et à l'annonce, pour la rentrée en septembre, du 200e concert de la Cave du Jazz, en hommage à Sidney Bechet, un autre grand moment à venir, symbolique pour Jazzy 77.


Olivier Franc OLIVIER FRANC QUINTET - 26/09/15 : hommage à Sidney Bechet

Vendredi 25 septembre.
C'était à la veille du concert. L'équipe de La Cave du Jazz s'était réunie le vendredi après-midi, une fois n'est pas coutume, pour préparer la Salle Sainte Anne à fêter le 200e concert de Jazzy 77 et faire face à un nombre des réservations particulièrement éloquent. Il fallait donc que l'accueil soit à la hauteur de l'événement, et donc que tout soit parfait. L'équipe presque au complet, était là pour aménager la salle, côté technique et côté accueil : kakemono-enseigne à l'entrée des lieux et décoration intérieure, avec un choix de photos représentatives de quelques uns des meilleurs concerts qui, depuis près de 20 ans, portent haut l'image de la Cave…
Samedi 26 septembre.
Tandis que le délicieux repas thaï, partagé par les membres de Jazzy 77 et les musiciens (préparé par Supot et Francine Chanyudhakorn, parents de Frédéric, secrétaire de l'association) se terminait, les premiers arrivants découvrirent la salle nouvellement décorée, et l'offre d'une sangria, verre de bienvenue à cette soirée particulière. Une ambiance déjà naturellement chaleureuse, renforcée par l'aspect de la salle, décorée et rouge des nombreux sièges qui attendaient l'ouverture de l'heure bleue du concert. Un lieu de partage où certains se retrouvent et où d'autres font connaissance.
C'est Serge Billon, présentateur de l'événement anniversaire, qui installa un silence propice au discours d'ouverture. Des propos inattendus, en dehors des remerciements adressés aux personnalités présentes, telles le sénateur Jean-Jacques Hyest ou le maire de Lorrez-le-Bocage, Yves Boyer, car l'accent fut mis sur trois des membres fondateurs de Jazzy 77 : Maïté Robin, photographe attitrée et ancienne vice présidente de l'association, qui eut le privilège dans son enfance de rencontrer et partager des pâtisseries que lui offrait, le grand Sidney Bechet ; Gérard Robin, son époux, autre membre toujours présent ; et surtout Jean-Claude Billaud, l'initiateur et premier président de l'association, géniteur de La Cave du Jazz, pour lequel Maïté et Gérard furent les premiers compagnons de route. À cette occasion, Serge lui décerna, au nom de l'équipe, la qualité de membre d'honneur, tandis que la présidente, Thérèse Petitprez, lui remettait une distinction que lui-même avait institué durant sa présence active pour remercier des acteurs locaux de la promotion du Jazz : le fameux prix "Contribution au Jazz et à la Musique du Monde", - en l'occurrence le cinquième, matérialisé par un album photos-souvenirs réalisé par Maïté. Puis de citer d'autres personnalités… Disparues, comme l'américaine Manda Djinn, la marraine de Jazzy 77 ; le tromboniste Francis Nuel, alors leader des Salamander's ; Bernard Thoison, l'intervenant indispensable… Présentes dans la salle et marquantes dans l'histoire de Jazzy 77, comme Monique et Guy Pluquet ou encore le contrebassiste François-Xavier Coffre, qui accompagne régulièrement à la Cave des groupes renommés, comme Pierre Calligaris en juin dernier…
Un préambule un peu long peut-être, mais qui s'intègre bien dans ce concert hommage à Sidney Bechet, avec un quintet remarquable, connu de par le monde sous le nom de Olivier Franc Tribute to Bechet Band, composé du leader, Olivier Franc (sax soprano), de son fils, Jean-Baptiste Franc (piano), de Benoît de Flamesnil (trombone), de Gilles Chevaucherie (contrebasse). Un groupe cinq étoiles, comme le qualifia Serge, qui a pris l'habitude de fréquenter les endroits prestigieux, outre le Gâtinais et Lorrez, en mer sur des paquebots, comme le Norway ou le Queen Elizabeth II,  pour des croisières à thème sur le Jazz, et sur terre en des "temples" de la musique classique comme l'Opéra de Stuttgart ou celui de Dresde ; ou encore hier au Lincoln Center de New-York, bientôt à l'Olympia, demain à Broadway… Quant à Thomas Racine (batterie), intégré récemment, doublure de la guest star Daniel Bechet et présent pour la première fois à la Cave du Jazz, il est nécessairement porteur de talent pour faire partie du quintet.
Il faut ajouter à ces composantes exceptionnelles du concert la présence irréelle du grand Sidney. Ce fut déjà perceptible dès l'apparition devant la scène d'Olivier Franc qui rejoignit ses compagnons alors en place, passant de l'ombre à la lumière, parant d'éclats et reflets son instrument, le propre saxophone soprano de Sidney, qu'un collectionneur suisse avait acquis en salle des ventes puis offert au musicien, tant celui-ci incarnait par son jeu le jazzman. Et c'est vrai que la comparaison est forte, qui donne vie à la présence du "maître", dans l'attitude et l'interprétation musicale voluptueuse. Et il y eut cet instant magique où la propre voix de Bechet se fit entendre, bien réelle, au travers du truchement électronique, disant : « Et maintenant un morceau que j'ai composé : "Petite fleur” ». Instant d'émotion, moment de grâce ou de bonheur, à l'écoute de cette belle musique qu'Olivier ne trahit pas, tant l'osmose est forte avec Sidney.
Ensuite, il suffit de fermer les yeux, - ou pas - surtout de se laisser porter par la rythmique et l'harmonie colorée et vive des chants instrumentaux. Et vraiment le talent est là qui imprègne les mélodies, d'un instrument à l'autre, dans les échanges ou les soli… Le Jazz qu'on aime, tout simplement, avec des jazzmen au sommet de leur art, pour accompagner Olivier, très mobile sur scène, tant avec son corps qu'avec son sax, lorsqu'il ne maintient pas une note jusqu'à la limite du souffle. Vraiment jouissif ! Et puis, il y a Gilles Chevaucherie, que d'aucuns disent qu'il est à la contrebasse le meilleur "slaper" de la terre et ses environs, - et même de la galaxie, ajoutera Serge, qui ne put résister au plaisir de jouer de cette manière originale et expressive avec les cordes et la caisse de résonance de son instrument - ; Benoît de Flamesnil, expert brillant et inventif du trombone, dont il tire les notes, - ce qui est généralement rare -, avec une justesse remarquable ; Jean-Baptiste Franc, au doigté inspiré, qui avait fait d'ailleurs l'admiration du guitariste de Fats Waller, Al Casey, jusqu'à le surnommer "Little Fats", et qui proposa aussi quelques compositions originales qui remplacèrent Bechet aux profits de Chopin et de Grieg, mais dans une perception toute personnelle, jazzy, swing ou ragtime… Et enfin Thomas Racine, qui se révéla imaginatif, et donna toute la mesure de son talent, notamment dans un morceau sur mesure : Drums Fantasy.
Au final, au terme d'une splendide "standing ovation" dédiée aux musiciens, mais pas seulement, - Serge ayant demandé au public de s'applaudir lui-même -, car il est vrai que sans sa présence, rien ne serait possible, ce sera un magnifique concert d'anniversaire dû à la triple rencontre d'un quintet d'exception, d'une salle comble réceptive et participative, et d'une équipe d'organisateurs motivés, qui ont su garder l'esprit du fondateur Jean-Claude Billaud…


MOSAÏQUE LATIN JAZZ - 24/10/15

Il se trouve que, la semaine passée, j'avais fait un petit "voyage" intellectuel dans la Tunisie punique, à la découverte de sa culture, en particulier des mosaïques romaines, dont le pays est riche, avec en point d'orgue une visite aux musées archéologiques de el-Jem, et du Bardo à Tunis… La magnificence du passé, au travers de fresques picturales nées de la pierre fragmentée et artistiquement composée au gré de ses couleurs naturelles et de l'inspiration, comme il en est des notes de musique jazzy. Si la pierre est froide, l'image est toujours chaleureuse et évocatrice de force ou de sensualité.
Une coïncidence avec le programme de cette soirée du 24 octobre à la Salle Sainte-Anne de Lorrez-le-Bocage. En effet, la Cave du Jazz y accueillait un septet au nom évocateur : le "Mosaïque Latin Jazz”.
Et je ne pu m'empêcher, tout au long du spectacle, de relier les deux ressentis, l'un visuel et l'autre musical, avec des similitudes pour moi frappantes…
Cela écrit, ce sont tous des musiciens de talent, qui mirent en images sonores les créations musicales du leader et guitariste Lionel Simonian, quand ils n'évoquent pas le Señor Carlos (Santana), l'un de leurs inspirateurs latino. Des expressions particulièrement riches de couleurs, de rythmes et de parfums épicés, si l'on fait référence à leur premier album, dont le titre est justement "Le plein d'épices”. Il y a là, accompagnant le guide Lionel Simonian : Nicolas Chalopin, au clavier ; Jeff Deveze, aux saxophones soprano et ténor et à la flûte ; Patrice Caussidéry, au trombone : Philippe Mouton, à la basse ; Martial Journo, aux congas et bongos, timbales et percussions ; Fritz Patole, à la batterie…
Nous sommes, avec ces compagnons de piste, plongés dans une sorte de jungle, dont on découvre la vie luxuriante, avec ses vibrations et peut-être ses incertitudes. Car ils sont graves, ces débroussailleurs de chemin, avec leur tenue sombre et sévère, tandis que les sonorités fusent, où les notes rondes de la guitare ou du clavier et les éclats des cuivres s'entremêlent ou interfèrent, sous le rythme lancinant de la basse, et celui vif des percussions et de la batterie qui offrent en duettistes une pulsion et des temps de jeu brillants, agrémentés des mimiques souriantes de Martial…
Le Bahia, de Carlos Santana, qui fut l'un des premiers titres joués, bien cadré, fut repris lors du rappel, en fin de concert, mais cette fois en donnant libre cours à chacun. Un beau final !


Blues de Paris BLUES DE PARIS - 21/11/15

Au programme de la Cave du Jazz, ce 21 novembre 2015 : le Blues de Paris.
Un label musical qui apparaît aujourd'hui très symbolique, porteur de l'émotion causée par l'action terroriste qui, huit jours auparavant, - le vendredi 13 novembre -, avait ensanglanté la capitale, du Grand Stade de France au Bataclan, en passant par des terrasses de plusieurs restaurants et bars… des lieux choisis en référence aux interdits doctrinaires du pseudo-état proche oriental qui prétend agir au nom de l'Islam, et qui condamne, entre autres : liberté de penser, bonheur de vivre, sport et musique,...
Lors du concert qui suivit le 7 janvier, la Salle Sainte Anne avait affiché : "Je suis Charlie” ; aujourd'hui, elle ne peut que dire "Je suis Paris".
Entre temps, il y eu la "lapidation" de la "fiancée" du désert, Palmyre la belle orientale, - que je connaissais bien -, au travers d'une destruction et d'un pillage inqualifiables, et, s'ajoutant à nombreux meurtres barbares en son théâtre, de la décapitation abjecte du docteur Khalid al-Assaad (82 ans !), ce passionné, grand passeur de culture, protecteur de nos racines antiques…
Le signe sectaire d'une volonté féroce d'anéantissement des valeurs occidentales et humaines. Mais la traduction arabe d'État islamique, DAESH, ne contient-elle pas, dans ses initiales, des entités verbales liées à sa forfaiture, tels que : Détruire, Assassiner, Exploser, Souiller, Haïr… À moins que l'on retienne ISIL, l'autre dénomination locale de ce que l'on pourrait nommer : Invasion Satanique Islamique du Levant… Mais c'est toujours évoquer les ténèbres, au travers de l'obscurantisme et du fanatisme, de l'apologie stupide de la mort en martyre, et du mépris de la vie. Lutter contre cette hydre terroriste sans foi, est inégale pour nos démocraties respectueuses du droit et sera d'autant difficile. Mais il n'y a d'autre choix, pour vaincre, que d'y faire face dans la résistance et l'union… Avec la pensée solidaire et porteuse des victimes innocentes, d'ici et d'ailleurs, de tous âges et de toutes confessions, qui justifient le combat. Ce soir, nos armes sont le Jazz, cette musique de partage et de liberté.

Samedi 21 novembre
Donc la vie continue, sans bouleverser la programmation de La Cave du Jazz. Malgré un grand poids, très lourd, de blues à l'âme et au cœur,…
Avec donc le Blues de Paris ! Un groupe qui a donc la rude mission d'apporter au public une détente porteuse de réconfort mais aussi de force.
Ils sont cinq : avec, au sax ténor Claude Braud ; aux guitares, François Fournet, leader et compositeur, et le chanteur Christian Ponard ; à la contrebasse, Enzo Mucci, et à la batterie, Simon "Shuffle" Boyer… Ou plutôt six, puisque la femme de François, Gabi, y ajoutera sa voix.
Dans ce climat particulier, à la demande de Serge, présentateur et maître de cérémonie, le concert ne débuta pas comme à l'habitude. Des cinq musiciens, seuls quatre entrèrent en scène et sous les spotlights. À l'écart, dans la pénombre, se tenait Claude. C'est alors que, devant le public debout, les premières notes de La Marseillaise jaillirent de son saxophone, vibrantes de sobriété et de gravité, dans un chant à la sonorité suave et tragique, déchirante. Moment intense d'émotion et de communion, dans le silence des voix et le recueillement des pensées… Puis Claude monta sur scène, entra dans la lumière, tandis que l'hymne national, alors repris par tous les musiciens, prit des accents plus colorés et vifs, préludes au programme festif concocté par le Blues de Paris, où planent, entre autres, les esprits de Ray Charles, Fats Domino, Chuck Berry, Bill Haley…
Pour évoquer le blues et le rhythm and blues, rien de mieux que ces musiciens de métier et de talent, qui savent transmettre naturellement leur plaisir de jouer ensemble, dans une cohésion parfaite. Et le public y fut sensible, accompagnant la floraison musicale de nombreux battements de mains et d'applaudissements, d'aucuns cédant à la rythmique pour se mettre en couple et danser, ou tout simplement se réunir, comme en fin de concert lors du rappel, dans Last Night, un madison tonique. "Move it !" est d'ailleurs le titre de l'album proposé par le quintet et qui invite à la danse tout au long de la soirée.
Qu'il est agréable de voir les esprits fairent fi du contexte menaçant et traumatisant, pour tout simplement retrouver la normalité du plaisir de vivre. Que dire de plus de ce concert, superbe d'un jeu expressif et coloré du sax de Claude et des guitares de François et Christian, et émaillé de soli brillants, dont certains ajoutent du spectaculaire, je pense à ceux de Enzo à la contrebasse et de Simon à la batterie, lequel n'hésite pas à jongler avec ses baguettes. Une musique chaleureuse souvent habillée des paroles de Gabi, qui font revivre des textes de la grande époque du jazz… Mais l'esprit du spectateur que je suis est aujourd'hui plus à ressentir qu'à décrire. Et que retenir donc, en vérité, sinon que ce fut un véritable bain de jouvence qui fit oublier, durant plusieurs heures le bain de sang, et l'on se quitta, minuit largement dépassé, et, je l'imagine, chacun quelque peu rasséréné par la communion et l'émotion ressenties autour du blues.
Pour cela, grand merci au Blues de Paris, pour sa présence stimulante !

 


SWEET MAMA QUARTET - 12/12/2015

Après la grande soirée de blues du mois passé, du swing ravageur !
À l'affiche de la Cave du Jazz, la délicieuse "Cajoune” et ses compères : du swing coloré, inclassable et réjouissant, comme l'a qualifié Maïté dans le programme annonçant le dernier concert de l'année, que la présidente de Jazzy 77, Thérèse, avait voulu particulièrement festif. La Cave connaissait déjà le groupe pour l'avoir reçu en décembre 2004 ; la formation était quelque peu différente, mais on pouvait compter sur "Cajoune", pour ne se lier qu'avec des musiciens hors normes, pour maintenir la notoriété du quartet "Sweet Mama", fondé avec son frère Laurent il y a plus de trente ans.
Et le public fut au rendez-vous, nombreux comme à la 200e de septembre, pour  profiter de cette promesse de gaîté et accueillir Catherine Girard — alias "Cajoune" pour ses fans —, femme-orchestre et chanteuse, rythmicienne armée d'une planche à laver, le washboard (dit encore vest-frottoir ou frottoir en cajun louisiannais), et de dés à coudre, sans oublier d'autres accessoires de percussions, le kazoo et la flûte à piston… et, au palmarès du groupe, divers prix prestigieux dont celui du Hot Club de France. À ses côtés, outre le fidèle Stéphane Barral à la contrebasse, des musiciens à découvrir : Kim Le Oc Mach au violon et Fred Meyer à la guitare.
Salle comble, impatience rompue par la présentation de Serge, premières mesures…
Et le charme est là, qui tout de suite nous happe et s'installe, avec des cordes en liberté qui chantent les arrangements originaux, pleins de finesse et de subtilité, tous cuisinés à la sauce Sweet Mama. On est dans la découverte et la dégustation, tout simplement, d'une dynamique de jeu très "groove". Et cela fait du bien, cela rassure, cela enchante… Le plaisir de jouer et l'apparente décontraction des musiciens fait presque oublier le travail des répétitions que l'on imagine nécessaire pour atteindre un tel niveau. La recette est dans la maîtrise instrumentale, bien sûr, mais saupoudrée de sensibilité et de virtuosité, avec des touches de ukulélé au violon, de notes chantantes à la guitare, de slap à la contrebasse, le tout lié par la rythmique frottée de la planche, décorée de temps à autre d'une touche de kazoo ou de flûte à piston. C'est expressif et mélodique, alliant allégrement vivacité et élégance. Cajoune règne sur son monde, l'accompagne, quand elle ne chante pas, d'une présence forte mais discrète, qui permet à chacun d'exprimer le meilleur de lui-même, dans un menu où chaque morceau est un moment d'excellence, ici, souvent exubérant, là, parfois, plein de douceur. On passe à des rythmiques différentes, allant sans rupture du swing au blues ou au calypso… Tout est superbe. Peux-t-on citer "Songe d'Automne", cette valse jouée sur le Titanic lors de son naufrage : j'y ai aimé, comme d'ailleurs tout au long du concert, le chant sensible du violon à l'archet, ou comme le baptise en privé Kim, du "ukulon” (prononcer youcoulon), les doints pinçant les cordes à la manière d'un Ukulélé ; l'instrument avait dans son jeu des accents nomades, à la manière tzigane, dialoguant avec celui tout aussi virevoltant de la guitare…
Cajoune, légère et rayonnante, règne aussi sur la salle, et sait capter ou susciter des temps particuliers de partage avec le public, au travers de battements des mains ou de scats. Et comment résister aux invitations alors qu'elle a chanté : "I love you” !
Il restait peu de place dans la salle, mais un couple fit quelques pas de danse.
Voilà pour l'ambiance, en cette soirée du 12 décembre 2015 à la Salle Sainte-Anne de Lorrez-le-Bocage.
Malgré l'heure tardive et des remerciements à l'encontre des bénévoles de Jazzy 77 pour leur accueil,  sensés clore le concert, un fortissimo d'applaudissements réclama un bis. Mais le medley interprété se poursuivit, à la demande de Serge, par l'interprétation au washboard, d'un train, quittant la gare pour une autre durant quelques minutes de trajet : bluffant !
À l'arrivée, une standing ovation marqua le moment de la séparation.
Merci Cajoune, Fred, Kim, Stéphane, pour ce grand moment de bonheur passé en votre compagnie !
Merci à la Cave du Jazz pour la programmation !