Le billet de Clairis 2016

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PADDY SHERLOCK QUARTET - 30/01/2016

Paddy Sherlock a un nom dont la consonance irlandaise fleure bon le whiskey, la Guinness et l'ambiance des pubs en cette île baignée d'effluves océanes. Mais là où l'impression initiale se complique, c'est quand notre homme porte aux lèvres un trombone qui ne vibre qu'aux rythmes de la Nouvelle Orléans et des terres latines voisines, plus au Sud. L'alchimie ne peut être que complexe,
Mais on ne doute pas qu'il sache bien, avec ses complices du quartet, la faire découvrir et déguster. Cela se sait, et c'est pourquoi La Cave du Jazz avait programmé ce groupe atypique pour ouvrir la saison 2016, à la Salle Sainte Anne de Lorrez-le-Bocage, en cette soirée du 30 janvier. La garantie d'une bonne humeur bienvenue pour commencer l'année, que le public, séduit par la rumeur portée par la brise hivernale et le sérieux de Jazzy 77, ne bouda pas. Si 50% du groupe annoncé fut remplacé par un autre 50% tout aussi pro, le concert répondit aux attentes et la substitution ne se remarqua pas pour les profanes. C'est la magie du Jazz, quand il est bien servi, et que chacun se coule avec aisance dans l'harmonie recherchée. Il faut dire que Paddy Sherlock, qui manie aussi la guitare, à l'occasion, sait créer cette ambiance, au travers de son soufflant et de sa voix, qui ne sont pas sans similitudes, parfois un peu rauques, et d'une attitude de comédien particulièrement expressive, étant lui-même toujours en mouvement, lançant parfois en l'air, pour le rattraper, son chapeau, occupant la scène de la gestuelle et de la souplesse d'un corps qui pourrait être celui d'un danseur… À ses côtés, partageant un vrai plaisir de jouer et d'interpréter des compositions originales, presque toutes du leader : Stan Loubard-Pacha, à la guitare, Brahim Haïouani à la contrebasse et Jean-Philippe Naeder aux percussions. Bien sûr, ils se connaissent, comme beaucoup dans la grande famille du Jazz, et l'osmose est grande quand le talent est là, accrue par la personnalité de Paddy, qui sait être proche des gens – on a pu le constater lors de notre rencontre pendant la balance -. Et puis son Jazz, porté par ses paroles et son swing, est vraiment une ouverture sur l'émotion et la vitalité. Ne répondit-il pas à Jérôme Partage, dans Jazz Hot (n° 671) : « Pour moi, le Jazz est une musique du monde, une musique folk. Je ne parle pas du jazz intellectuel, je parle de celui qui te prend au ventre et te donne envie de danser, de rire et de pleurer».
La soirée fut belle, et Paddy, en début du second set, n'hésita pas à quitter les lumières de la scène, pour descendre dans la salle en pénombre pour mieux partager son chant, au cours d'un lent aller-retour dans l'allée centrale, au cœur du public. Ce que fera plus tard le quartet en entier, lors du bis final, alentour minuit.
Pour l'anecdote, si Brahim nous avait déjà séduit en octobre 2009 avec le Max Marcilly Quartet, quelques années auparavant, en septembre 2005, c'est Paddy que nous avions remarqué au sein d'une formation fameuse que La Cave du Jazz accueillit à cinq reprises : celle de Jean-Marie Hurel, le Fidgety Feet Jazz Band. Sachant qui nous invitions, Jean-Marie avait tenu à venir applaudir son ex-tromboniste, avec, bien sûr, caché dans son sac à dos, une trompette de poche, au cas où… Ce fut d'ailleurs la première question de Paddy : « Tu as ta trompette ? ».Et voilà le quartet transformé en quintet en fin de set, le temps de quelques compositions originales qui aboutirent à un When the Saints… prélude au bis réclamé par un public ravi.
Belle soirée !


ALL SO SWING - 05/03/2016

Dans la jaquette de leur album "Only Songs", le trio All So Swing écrit dans la première ligne du texte de présentation, à l'appui d'un très sympathique dessin les caricaturant : « Franck Dumas, Romain Brizemur et André Bonnnin, c'est une histoire d'amitié : 30 ans qu'ils jouent ensemble du jazz à la française ! ». C'est sans doute ce qui a donné envie à la présidente de Jazzy 77, Thérèse Petitprez, pour son anniversaire,… - et bien sûr le public de la Cave du Jazz -, de les inviter ce samedi 5 mars à Lorrez-le-Bocage. Un choix dicté aussi par la personnalité connue de ces musiciens d'expérience, concertistes et enseignants, pour les guitaristes Romain et Franck, l'un au Conservatoire de Champigny-sur-Marne, l'autre à l'Académie de musiques modernes de Forges-les-Bains, sans oublier le contrebassiste André, talentueux comme ses comparses, maître de la rythmique, et qui partage avec eux de nombreux concerts, associés à d'autres artistes.
Et il y avait du monde à la Salle Sainte-Anne, le 5 mars 2016, pour découvrir et vibrer au swing annoncé, d'esprit manouche, ce qui correspond d'ailleurs à l'une des principales attentes du public, que l'enquête effectuée au trimestre passé avait mis en évidence.
Alors, bien sûr, l'esprit du grand Django Reinhardt sera présent, qui donne le tempo caractéristique de sa chromatique nomade et flamboyante, mais au cours d'un récital de titres, nés de compositeurs très divers (de Cole Porter à Tom Jobim, en passant par Joseph Kosma et Henri Betti, et bien d'autres,…), pour lesquels Franck et Romain ont fait des arrangements qui relient l'ensemble dans un espace de swing original, équilibré et plein de finesse, dont ils ont vraiment le secret. Car ces musiques, on les connaît, portées certaines par des interprètes comme Armstrong, Montand ou Sinatra. Elles chantent dans les cœurs et ont fait le tour du monde ; mais les deux guitaristes, Romain et Franck, leur ont donné une interprétation nouvelle qui en fait une véritable plaisir d'écoute renouvelée. On est dans la redécouverte de ces airs qui voyagent, au risque parfois de se perdre dans des efflorescences sonores fluides, mais maîtrisées, et que se partagent les deux guitaristes, alternant mélodie et pompe.
C'est d'ailleurs confondant, ce jeu d'échange dans une osmose des plus totales, qui va de l'un à l'autre sans que le passage ne se remarque vraiment. D'où la remarque d'André, à la pause, étonné que les temps de virtuosité de chacun ne soient pas soulignés par des applaudissements particuliers, comme cela se fait généralement dans les concerts de jazz. Mais il est vrai que là, s'y ajoute une qualité musicale qui fait sans doute que l'on a crainte d'applaudir et donc de rompre le charme. On est comme dans un concert classique, et ils sont surpris de cela, les musiciens jazzy, tout en appréciant l'écoute attentive et respectueuse. Et le seul qui aura droit à cette reconnaissance sera justement André, à la fin d'un grand solo de contrebasse, dans un morceau original dont les auteurs sont justement Romain et Franck, Roro Blues.
Mais les applaudissements montrant l'adhésion ponctueront chaque final, et on ne se lasse pas d'apprécier l'enchaînement des notes, vives ou coulées, intenses ou légères comme des bulles, qui explorent et décrivent le paysage des titres : Tea for Two, Minor Swing, Nuages, Night and Day, Les feuilles mortes, Que reste-t-il de nos amours ?, C'est si bon, pour ne citer que quelques uns des plus connus. Et minuit se profilera sans qu'on en prenne conscience. Au dehors, car il fallait bien rentrer chez soi, froid et nuages s'étaient donné rendez-vous. Et chacun reprit la route, avec peut-être en tête le dernier morceau joué lors du rappel : Fly me to the Moon, de Bart Howard, mais très certainement la mémoire d'une soirée de qualité, comme on les aime à la Cave du Jazz.


NICOLAS CHALOPIN TRIO - 09/04/2016

Ainsi que l'écrivit dans ses colonnes L'Éclaireur du Gâtinais et du Centre, à propos d'un concert à Saint-Pierre lès Nemours, le 10 octobre 1997 : « la jeune association "Jazzy 77", a habitué son public à des concerts de la plus haute qualité : cela s'est confirmé samedi soir […] en accueillant à la salle socio-culturelle […] Ronald Baker et son quintet ». […] « Le public a vivement applaudi le jeune trompettiste américain (et francophone) Ronald Baker et ses amis, qui ont administré une véritable démonstration de virtuosité dans l'improvisation : c'est sûrement le meilleur du Jazz, où une technique sans faille et une complicité entre musiciens permettent l'aisance et la décontraction, ambiance qui passe la barrière de la scène, mais donne aussi place à des morceaux de bravoures. »
Dix neuf ans plus tard, grâce à Nicolas Chalopin qui l'avait invité en guest star, la Cave du Jazz renouait avec ce grand musicien.
Ronald Baker ne jouerait pas, cette fois, en toute liberté, comme il l'avait fait selon une rythmique "à la manière d'Art Blakey", mais dans une connivence harmonieuse avec Nicolas, arrangeur et compositeur, dont nous avions déjà pu apprécier le jeu dans "Mosaïque Latin Jazz", le concert d'octobre 2016 à Lorrez-le-Bocage.
Au programme, du swing, inspiré de musiques et de personnalités marquantes du jazz, instrumentistes, interprètes ou compositeurs, comme Kenny Barron, Bille Evans, George Gerschwin, Dizzy Gillespie, Thelonius Monk, Wayne Shorter, Larry Willis, et auquel Nicolas imprime sa marque, exprimant quant à lui la mélodie en mode "stride", sur les touches légères et rapides de son clavier, avec des compagnons autres que ceux prévus initialement, mais tout aussi pleins de verve et de métier, et auxquels le maître donne des temps de soli qui les laissent pleinement s'exprimer, faisant montre de leur sensibilité et de leur talent : Gaël Petrina, à la contrebasse et Ishiro Onoe aux percussions.
Et dans cette interprétation déjà superbe, il y a la voix de Ronald, avec ses accents de crooner et ses scats endiablés, et la sonorité chaude de son bugle et de sa trompette, qui n'ont pas perdu de leur virtuosité première, et ont gagné au fil des ans en sensualité, ajoutant leur composante colorée aux évocations musicales.
Cette soirée sera un autre beau voyage musical, comme la présidente Thérèse Petitprez sait les organiser.
Ce qui introduit justement le titre de "Voyage", du pianiste Kenny Barron. Un morceau particulier pour Ronald, car sur lequel il écrivit dans sa jeunesse des paroles. Il en fit la confidence et le cadeau d'une interprétation pleine d'émotion. Et c'était la première fois qu'il les soumettait au public.
Merci Ronald ! Merci Nicolas pour cette belle soirée, où les anciens de Jazzy 77, Maïté et Gérard, éprouvèrent non sans une certaine nostalgie les premiers temps de la création de l'association.

Et l'un des posters, réalisés pour décorer la Salle Sainte-Anne, fut offert en souvenir à Ronald, - celui le représentant -, découvrant pour l'anecdote que le costume de scène qu'il portait alors ce soir-là est celui que son fils utilise aujourd'hui

SANATATE TRIO – 07/05/2016

Une belle soirée ensoleillée, en ce 7 mai 2016, pour accueillir les musiciens de Sanatate. Après la balance instrumentale, c'est l'apéritif préalable au repas, partagé avec l'équipe de Jazzy 77, dans la lumière et la tiédeur de l'extérieur, entre église et salle Sainte Anne, tandis que l'airain des cloches vibre, sans qu'on en connaisse la raison… Mais cela donne une note traditionnelle au voyage promis, là-bas, bien loin dans les petits villages des Balkans où va nous emmener Élise Kusmeruck, avec dans ses et nos bagages, ainsi qu'on nous l'avait promis, une voix ravissante et un violon enchanté.
À ses côtés, le contrebassiste breton Yvonnigh Chalot, qui se révélera aussi à l'aise au doigté qu'à l'archet, et un accordéoniste, - pas celui prévu, retenu dans une autre prestation -, mais un autre qui porte le même nom qu'elle, avec pour prénom Gilles. Elle est jeune, il n'est pas un frère, il pourrait être son père. Et l'on apprend que c'est effectivement son père, celui qui, dès l'âge de cinq ans, lui a offert un violon, avant de l'initier aux secrets de l'instrument et à l'âme de cette musique de l'est qui l'habite depuis bien longtemps, lui le voyageur instrumental : à ses cordes, celles du piano, de la guitare, du banjo, de l'alto, du violoncelle, que sais-je encore.... Une grande pointure, et l'on comprendra vite, dès les premières notes du concert, la personnalité musicale acquise par sa fille, à vrai dire éblouissante.
Avec sa chevelure brune et sa silhouette élancée, aux jambes gainées de sombre, sa robe noire et sa ceinture rouge, elle fait un peu gitane, même si son répertoire est d'ailleurs. Elle apparaît d'ailleurs plutôt anachronique dans le milieu rom qu'elle a adopté, et où il est rare qu'un musicien soit une femme. Mais elle a de la prestance et règne en maîtresse sur cette évocation musicale qu'elle nous propose, parcourant les Balkans, cette région de montagne où l'empreinte d'un passé complexe, mélange d'influences et de cultures diverses, reste vive, avec ses musiques colorées et métissées, composées d'asymétries rythmiques, que le tsigane a marqué de son tempérament nomade et festif.
Ce sera un concert qui se déguste, sans modération, - comme un verre de tokay -, porteur de chaleur, d'harmonies d'une rare vivacité, de fulgurances virtuoses, de flux et reflux tourbillonnants, tandis que les cordes sont caressées ou violentées par l'archet d'Élise. Quelle maestria, dans ce jeu inspiré et brillant, aux aigus survoltés et aux graves profonds, où les cordes de la voix sont en osmose avec celles du violon. Une spectatrice dira plus tard qu'elle en a ressenti des frissons et même quelques larmes. Mais c'est aussi une musique de danse, que ces horas balkaniques, qui, si l'on se plait à fermer quelques instants les yeux, vous projettent immanquablement sur une place de village, peut importe où, au milieu de villageois qui se donnent à la sensualité du mouvement et du partage, des corps qui se touchent et vibrent des mêmes émotions.
Et puis, pour intensifier le ressenti, il y a l'accordéon diatonique de Gilles, qui accompagne, mais pas seulement. On ressent le lien prégnant, au travers de la musique et des regards, qui unit la fille et le père. Lui qui semblait un peu dans l'ombre, au tout début, se sachant peut-être remplaçant, affirmait sa présence, laissant pointer, à plusieurs reprises par des réparties, son humour. On le sentait alors détendu, en intime cohésion de cœur et de jeu, de tendresse et de métier ; il chantera aussi, d'une belle voix chaude. Et puis, il y a la contrebasse de Yvonnigh, avec ses notes fluides et sourdes, qui marque inlassablement le tempo, apportant aussi sa propre musique… Et ainsi voyage-t-on, un peu dans le désordre (me semble-t-il, pour qui ne possède pas les subtilités musicales de ces régions), de la Transylvanie hongroise à la Roumanie, de la Bulgarie à la Serbie et à la Macédoine,… Un voyage superbe, qui conduit inévitablement à une certaine ivresse des sens. D'ailleurs, le titre du trio n'est-il pas Sanatate, à votre santé, en roumain !
Il y aura aussi des moments rares, comme celui qui fit suite à une valse hongroise dite du Souvenir, ce chant serbe : Ke le luludja barol, interprété à capella, dans un silence disons religieux du public. Ou encore celui de Djelem, Djelem, qui parle de liberté, et où la voix d'Élise sera simplement soulignée en sourdine par l'accordéon et par la contrebasse, à l'archet.
C'est tout simplement beau.
Que d'applaudissements chaleureux, pour ponctuer chaque interprétation !
Et les heures de passer, sans qu'on s'en rende compte.
Vint le temps de terminer la soirée.
Après des remerciements d'Élise, à l'adresse de l'accueil de la Cave du Jazz, la jeune femme proposera deux derniers morceaux : Deux guitares, en notes piquées, et la célèbre Alouette. Sans doute pensait-elle facilement conclure, notamment sur l'évocation expressive de l'alouette au violon, renforcée inopinément par celle du coucou à l'accordéon. Mais il n'en fut rien.
Une standing ovation provoqua un rappel, tandis que le vice-président, Serge Billon, offrait des fleurs méritées à la jolie et talentueuse musicienne.
Mais comment, pour Élise, résister à Serge le mélomane, amoureux aussi de musique classique, qui avait appris qu'elle avait fait le Conservatoire.
Et la voilà, quittant les lumières de la scène pour la pénombre de la salle et de son allée centrale, au milieu du public, offrant en solo de violon, une partita, - celle n° 1 en si bémol majeur -, de Jean-Sébastien Bach : intense moment d'émotion, qui fit allégrement franchir l'heure de minuit.
Que dire de plus ? Sinon un grand merci au Sanatate Trio, et à Élise, pour cette soirée d'exception.


FÊTE DE LA MUSIQUE – 18/06/2016

Il y a quelque chose de fascinant, d'une manière générale, dans le genre humain : son besoin pulsionnel de violence, dès que la paix ou même un zeste de normalité sereine semblent s'installer trop. C'est à l'image de la météo, actuellement aussi perturbée que la société, et qui fit sortir le Loing, début juin, pour de catastrophiques inondations, côte de 1910 dépassée de près de 80 cm… Il nous reste la musique pour compenser de la dramaturgie de ces caprices naturels et surtout humains.
Ce soir, ce prémisse à la Fête de la Musique ne pouvait que se vouloir un antidote efficace à la morosité du quotidien.
Au programme :  Nath and Co et SwingSet77, et un public particulièrement nombreux, venu à l'évidence pour se ressourcer. Sans oublier la présence des quatre fondateurs de Jazzy 77, dont le premier président, Jean-Claude Billaud.
En "vedette américaine", ce qui nous fut présenté comme une chorale, mais qui est bien plus que cela, sous la conduite de Nathalie Chameau : le Nath and Co. Avec, au piano, Emmanuelle Patault, et aux voix : Hélène et Rémi Carrouee (le seul homme de la formation), Nancy Fonteny, Florence Guignon, Odile Halleur, Nathalie Lecland, et Lydia Wadycki, une fidèle des membres actifs de l'association. Un programme original de courtes scénettes chantées, à l'interprétation agréable, façon "cartoom" et bien rythmée. Et globalement une chaleur qui compense la fraîcheur de juin, avec le ressenti du bien-être attendu, bien réel, au-delà des nuées, "Somewhere over the rainbow”, comme l'évoqua  leur premier chant.
Au tour ensuite du quintet de SwingSet77, également local, avec des musiciens bien connus de la Cave du Jazz, certains depuis ses tous débuts : Michel Duverger, aux saxophones et à la clarinette ; Étienne Jager, à la guitare ; Jean-Pierre Siacot, à la contrebasse et Christian Villerez, à la batterie. Un groupe homogène, qui se consacre à un répertoire festif et dansant, à base de standards de jazz traditionnel, en l'inspiration notamment de Sidney Bechet, avec une jolie "Petite Fleur" trouvée "Dans les Rues d'Antibes", mais aussi, agrémenté pour la danse, de Charleston et de Madison. On pourrait regretter un manque de soli ouverts sur l'improvisation, mais la vedette principale du groupe est Marie-Françoise Brunet, à la fois chanteuse et tromboniste, qui avait été la vedette de Jazz'on Blues, en juin 2012, et qui anime et maîtrise le spectacle par un talent inégalable. Car elle a une présence intellectuelle et corporelle sans pareil, toute de souplesse, avec une gestuelle suggestive en parfaite harmonie avec les paroles de ses chants, qu'elle présente avec humour et légèreté, un sourire charmeur ou mutin, le tout accompagné d'une voix de tessiture plus élevée que celle des divas du jazz, plus proche de celle des chanteuses de Broadway, un peu à la manière d'une Julie Andrews, le rythme jazzy en plus.
Un cocktail musical apprécié par le public, dont les rappels portèrent les titres évocateurs de "Tequila" et "Summertimes".
Au final, une belle fête de la Musique anticipée, porteuse de sérénité.


les déroutés du piston LES DEROUTES DU PISTON – 24/09/2016

Un nom bien curieux, que celui choisi pour "Les déroutés du piston", à la connotation en apparence peu sérieuse ou provocatrice, mais qui, finalement, interpelle. Ce qui sera, malgré une audience un peu moindre que d'habitude, sachant toutefois que la région offrait, ce soir du 24 septembre 2016, d'autres spectacles musicaux ou lyriques intéressants, mais surtout qu'elle venait, depuis juin, d'être sinistrée par une intense crue du Loing qui dépassa, localement, largement l'amplitude de celle de 1910 !... Serge Billon, l'animateur-présentateur de la Cave du Jazz, évoquant le climat sociétal pessimiste ambiant, présentera les musiciens du sextet comme un ensemble de "thérapeutes" capables de guérir toute la morosité du monde. Ceux-ci ne décevront pas. Et Serge de conclure ensuite, minuit passé, après deux rappels du groupe, que ce fut, au travers de ce jazz festif des années 1920 qui anima La Nouvelle Orléans et Chicago, - et maintenant la Salle Sainte Anne -, un parfait remède contre le "blues".
À la tête de ces "toubibs" du stress, qui n'hésitent pas à donner de leur voix, Guy Champême, à la clarinette (dont une clarinette basse) et aux saxophones, entouré de partenaires de choix : Jacques Gonthier, au cornet ; Jean-louis Caillon, au piano et au flexatone ; Dominique Aubourg, au banjo et à la guitare ; Éric Perrion et son imposant sousaphone ; Éric Marteau (son nom peut sembler prédestiné), aux percussions et tambours… Du beau monde, donc, talentueux, tout à une maîtrise instrumentale remarquable. Bien sûr, il y a le cas de Jean-Louis, au clavier, la tête coiffée d'un béret à l'ancienne, un peu ronchon, qui marmonne souvent sans qu'on perçoive bien ses paroles, cherchant parfois sa partition ou démarrant quelques portées sans rapport avec le programme, et ne cesse d'attirer l'attention du leader, en apparence interrogateur ou parfois réprobateur sans être excédé, car semblant compatir devant l'âge du musicien.
Un musicien qui se singularise aussi, tel le clown Zavatta, en usant du flexatone, instrument peu usité en dehors du cirque et qu'il nomme "tapette péruvienne" ; celle là fonctionne sur le principe de la percussion métallique avec la particularité est de pouvoir moduler la note obtenue, comme avec une scie musicale, en courbant plus ou moins la plaque vibrante... On l'aura compris, tout cela fait partie de la mise en scène, d'une apparente décontraction qui a parfois ses longueurs mais qui donne ensuite plus de relief à la musique, dès qu'elle reprend, dans une facture magistrale et élaborée qui ne laisse pas place à l'improvisation. Et c'est remarquable, car le jeu, au travers des sonorités instrumentales aussi diverses, d'une grande richesse musicale et souvent complexe, réclame une écriture et une précision sans faille. Si les soufflants de Guy et Jacques décrivent superbement chaque mélodie, la rythmique n'est jamais en reste, créant l'harmonie de sonorités apparemment peu conciliables, comme les notes du sousaphone, du banjo et des percussions.
Qu'ajouter, sinon que l'on eut donc beaucoup de plaisir à écouter ce groupe, au travers de titres peu connus, que l'on découvre, même si certains de leurs auteurs nous sont familiers, comme Sidney Bechet, Duke Ellington, ou encore Chris Smith, Harry Warren, Clarence Williams,…

Les musiciens quitteront la Cave du Jazz, satisfaits d'une soirée d'échange avec un public très réceptif, et une équipe Jazzy 77 des plus accueillantes, comme à l'habitude, avec peut-être le souvenir, en plus et entre autres mets, d'une délicieuse et généreuse choucroute préparée par Thérèse, la présidente.


SEŅOR BLUES – 22/10/2016

Ambiance feutrée, durant le placement du public, ce 22 octobre 2016, à la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage. Les musiciens, après le temps de la balance, devisent dans la cuisine de la Salle Sainte Anne, digérant le repas concocté par Marie et Thérèse et pris en commun avec les membres de l'équipe Jazzy 77. Thérèse et Maïté placent les spectateurs, qu'accueille Marie, à l'entrée. Attente et conversations, ponctuées de temps à autres d'éclats de rire, se cottoient. L'atmosphère est détendue, devant la scène, plongée dans une pénombre pourpre, où luisent les reflets des instruments, sagement disposés, en attente de reprendre vie, à vibrer de la rythmique afro-cubaine attendue.
Devant les pupitres, Fred, l'ingénieur du son, et Cécile, l'éclairagiste, se préparent à l'action. Serge vérifie les réglages de sa caméra, Gérard, son calepin et crayon à la main enregistre sans doute ses premières impressions…
Vingt et une heures passées de quelques minutes, Maïté éteint la salle tandis que la scène allume ses feux. Serge a pris un micro, annonce le groupe invité : Señor Blues.
Et le quintet annoncé d'entrer en scène.
Il y a là Arnaud Bessis, le leader, au saxophone alto et aux flûtes ; Nicolas Chalopin, au piano, Karim Gherbi, à la contrebasse, Giovanni Hector, au trombone, José Palomo, au chant et aux percussions, des congas bien sûr.
Des musiciens connus pour leur qualité. L'un d'eux a d'ailleurs été applaudi à plusieurs reprises à la Cave : Nicolas Chalopin, lequel, en octobre 2015, avait accompagné le Mosaïque Latin Jazz, puis en avril 2016, s'était produit comme leader d'un trio à son nom. Tous des spécialistes de ces vibrations pleines de chaleur qui relient l'Afrique à l'Amérique.
Et la musique fut ! Vivante de boléros, rumbas et bossas-novas, de latin jazz, rythmée des battements moelleux et ardents des congas. Elle est souvent invitation à la danse, ce que proposa Arnaud. Quelques uns et unes dans le public s'y risquèrent, au tempo de "Lágrimas negras", du cubain Miguel Matamoros, mais le temps était plus à l'écoute et à la dégustation des sonorités et mélodies afro-cubaines, ou de jazz comme les compositions de Horace Silver ou Clare Fisher. Des morceaux parfaitement calibrés, où chacun apporte sa spécificité avec talent, en osmose avec la partition générale, accompagnant les dialogues entre acidité de la flûte et suavité du trombone, tandis que le piano vocalise avec vivacité ses notes pleines de rondeur, sous la rythmique complémentaire de la contrebasse et des congas. La voix latine intense de José donne aussi du souffle à l'ensemble. Mais l'improvisation est aussi de mise, lors de soli qui mirent en relief le jeu instrumental de chacun. Une musique fort appréciée, dont on notera le planant "Ponziana", de même que la sympathique composition originale "As I Walk" du tromboniste Karim.
Non loin de minuit, les applaudissements conduisirent le quintet à offrir en final une version inspirée, toute de saison, des "Feuilles Mortes", de Joseph Kosma, dans un tempo latino du meilleur effet.
Une soirée bien agréable donc, pour le plaisir de tous, musiciens et public.


Senor Blues SUNNY SIDE QUARTET– 26/11/2016

Des nappes de brume ont envahi dans ses creux la route de Lorrez-le-Bocage, ce samedi 26 novembre, ajoutant une sensation de froid à l'ambiance nocturne. Plus tard, face à l'église dont la masse ajoute sa densité à la nuit, les lumières discrètes de La Cave du Jazz… Mais, dès l'entrée, la chaleur bien agréable de l'espace Sainte-Anne, avec, en fond de salle, la scène éclairée d'un rouge éclatant, dans une lumière des spots ponctuée des éclats des instruments, où les musiciens terminent leur balance.
Après les présentations apéritives, prélude à un repas exotique succulent, préparé par la famille de Fred, le technicien, le public s'installe, avide de goûter au menu du Sunny Side Quartet…
Ce sont quatre musiciens d'expérience qui, sous la houlette du percussionniste Jean-Philippe Naeder, vont animer la soirée, et bien vite séduire le public, au cours d'un beau voyage musical nomade entre rythmes africains et latino-américains. Il y a là, parmi les turbulents, Philippe Dourneau, aux saxophones soprano et alto, et Laurent Hestin, casquette sur la tête, à la guitare, qui débutera d'ailleurs en cassant une corde ; et puis, plus hiératique et perché sur un haut tabouret, Amed Bary, à la basse. Une musique, somme toute, enfiévrée, avec des soli souvent impressionnants comme ceux de la guitare de Laurent, pleine d'effusions sonores, ou d'un sax virevoltant et prodige en éclats mélodiques, sous le souffle de Philippe. Cela sous la rythmique précise d'Amed et variée de Jean-Philippe, qui passe allègrement de ses congas au shékéré. Tous vivent intensément chaque mélodie, dans la plus grande complicité, et le public ravi n'hésite pas à accompagner biguine ou calypso antillais, boléro cubain ou chorinho brésilien, de ses battements de mains.
Et puis, il y a l'invitée du groupe, non celle initialement prévue, - la chanteuse suédoise Ellen Birath retenue ailleurs -, mais la partenaire de Laurent, une rencontre en duo qui donna naissance à un album, "Adoro" : c'est la violoniste espagnole Monica Acevedo de Pablo, une jeune femme armée d'un charme tout de simplicité, pour intervenir en deuxième partie de chaque "set". Pourvue d'une séduction naturelle, désarmante lorsqu'elle veut apporter des précisions sur le morceau qu'elle va interpréter, et qu'elle en oublie, parfois, le fil de sa pensée. Mais Monica ajoute à sa simplicité et au chant et scats qu'elle maîtrise, un talent sans pareil dans le jeu de son instrument.
Il faut dire qu'elle étudia en Espagne au Conservatoire Supérieur d'Oviedo, où elle reçut le titre de professeur de violon et de musique de chambre. Ensuite, elle poursuivit ses études dans un autre conservatoire, celui de Rotterdam, aux Pays-Bas. S'établissant ensuite à Paris, puis dans notre région, elle suivit une formation en "Musiques actuelles et improvisées", avec le violoniste Didier Lockwood, au "Centre des Musiques Didier Lockwood" de Dammarie-les-Lys, pour obtenir le Diplôme de la spécialité. Une expérience qui se forge ensuite au contact de diverses formations musicales, comme le duo évoqué avec Laurent Hestin ou encore le groupe manouche de gypsy swing Sara French Sextet, qui donna naissance à un autre album, “Bolerita Mia”. Sans oublier des tournées, notamment en Espagne et en Angleterre, et la participation à divers projets artistiques et culturels...
Donc une violoniste de premier plan qui participe avec brio à un concert riche de titres brillants, comme "On the sunny side", où le violon devient presque incandescent ; "Manh? de Carnaval", de Luiz Bonfá, thème principal du film Orpheu Negro ; "Sham Time", d'Eddie Harris, "African Marker", de Dollar Brand ; "Caravan", de Duke Ellington ; "Dawn on the desert", de John Kirby ; "Que nadie sepa mi sufrir", à l'origine valse péruvienne d'origine argentine, de Ángel Cabral, plus connue sous le titre de "La foule", depuis que Édith Piaf l'interpréta en 1957…
Tout un voyage musical, de l'Afrique à l'Amérique, qui laissera sa marque dans l'esprit des spectateurs. Cela, sans oublier une composition d'aujourd'hui, de Laurent Hestin : "Video Game", où la rythmique soutient des effets à tendance picturale, où l'on imagine aisément un joueur vivant, devant son écran, l'action débridée d'un jeu vidéo.
Minuit passé, les musiciens ne semblèrent pas pressés de quitter la salle, ni d'ailleurs les spectateurs de partir… Après les remerciements adressés à l'équipe de Jazzy, pour son accueil, et au public, pour son écoute, le concert offrira deux, morceaux d'anthologie : "Besame mucho", avec la voix et l'archet de Monica, et en final "Colonial Mentality", de Fela Kuti. Ce sera l'occasion, pour Philippe, Jean-Philippe et Monica, de descendre les marches de la scène et de venir faire un passage en musique, dans la pénombre de la salle, au cœur du public.
Et lorsqu'ils revinrent sur scène, une petite fille, sous la houlette de Thérèse Petitprez, la présidente, vint offrir un joli bouquet de fleurs à Monica, à l'évidence surprise et émue. Elle le méritait.
Une belle soirée de novembre, qui restera pour tous un grand moment de plaisir.
Avant de retrouver, pour les organisateurs, vers deux heures du matin, une brume souvent très dense, mais très "sunny" dans les esprits…


OPUS 4 – 10/12/2016

La veille du concert, dans l'espace culturel de Souppes-sur-Loing, faisant suite à l'action de "Estampe solidaire" proposée par l'association Art Puissance 7 Events en faveur des sinistrés de la grande crue du Loing de juin, un grand concert solidaire avait été programmé, auquel participaient trois formations locales, Styl's 77 (à l'initiative de la soirée, avec son batteur Dominique Guillard, ancien adjoint de la municipalité), Swing Set 77 et les Robinson's, ces deux dernières ayant d'ailleurs animé la soirée de la Fête de la Musique de La Cave du Jazz. Pourquoi évoquer cela ? Parce que les Robinson's, sous la houlette de notre ami Fred, l'ingénieur du son de l'association Jazzy 77, avaient réservé une superbe surprise au public. Imaginez la scène plongée dans l'obscurité et tandis que commence l'interprétation des premières mesures d'"Odwala", une composition marquante du groupe noir The Art Ensemble of Chicago, la tache lumineuse d'un spot, focalisée sur le sol, découvrant un corps tout de noir vêtu, recroquevillé, qui lentement prend vie, se déploie et se relève, révélant le corps sombre d'une brunette altière, les pieds nus, qui se déploie et semble bientôt, avec une gestuelle ample, toute de souplesse et de grâce, prendre son envol, tel un grand rapace (on pense à "L'aigle noir" de Barbara). La musique s'installant, la jeune femme à cet instant, vibrante d'un regard d'amazone, se laisse rapidement gagner par une sorte de transe qui transcende l'effet musical… Et le corps en mouvement de véritablement fusionner avec la musique… C'est superbe ! Sans oublier une voix en harmonie, qui accompagnera le quartet durant tout son set. Bravo les Robinson's, et Massa leur nouvelle recrue. Une émotion que l'on souhaiterait partager à la salle Sainte-Anne. À suivre donc !
Mais ce soir, après cette soirée festive et, faisant suite à deux concerts lorreziens consacrés à des musiques latino et afro-caraïbéenes, le voyage se poursuit pour un autre dépaysement vers l'Europe centrale, celui nomade des tziganes. Et d'accueillir, pour clore en magnificence l'année, Opus 4, pour un programme "Vocal-Gypsy-Swing".
On connaît bien ce groupe de musiciens-chanteurs, formé en 1997, et que La Cave avait accueilli, avec le même succès, en 2004, 2008, 2011 et 2012. Quatre ans après, nous les retrouvions, avec la même formation, enfin presque : Serge Camps, le leader, au banjo et à la guitare ; Piotr Sapieja, aux violons ; Pierre Procoudine-Gorsky, à la guitare et Hervé Pouliquen à la contrebasse, en remplacement de Frank Sapieja. Un ensemble hétéroclite, mais soudé, de deux Russes, un Polonais, et un quatrième pour lequel ils feraient encore des recherches, sans doute du côté de la Bretagne… Un constat porteur de l'humour qui accompagnera leur prestation. Mais rien qu'à les évoquer, le charme est déjà là, dans le partage du repas offert par les membres de jazzy 77, puis dès 21 heures, dans le partage avec le public. "Nous sommes là pour vous faire plaisir", dira dès l'entrée Serge Camps. Le ton est donné.
Cela se fera dans la lumière de la scène, pour le premier set, puis dans la pénombre de la salle, en acoustique, pour le second, au plus près du public. Et les échanges de se faire, sous les battements des mains qui scandent les paroles dont des voix chaudes habillent le chant instrumental. Et quel chant, avec des cordes animées par des doigtés experts, volubiles, un peu acrobates, qui se dégustent sans modération et se donnent à des accélérations fulgurantes porteuses de plaisirs renouvelés. On voyage dans un univers de liberté, au travers de grands standards des folklores roumains, russes et tziganes, et de créations d'artistes comme Nougaro ou Django, comme Bécaud, avec "Nathalie", au souvenir du regretté Patrick Saussois, qui l'adorait, mais aussi, à la suite d'un succès international, de la naissance du café Pouchkine sur la Place Rouge ; au travers de pastiches aussi, avec Dutronc, lorsque "Moscou s'éveille". Au final, un flamboiement musical, où chacun, en solo ou en osmose avec les autres, apporte sa couleur et sa chaleur, où chaque morceau trouve un écho dans l'esprit ou le cœur du spectateur. Lorsque je demanderai à Serge la liste des morceaux joués, ce sera en vrac, fragmentaire même, car ces musiciens jouent d'instinct, improvisent, à l'écoute de temps à autre, des demandes du public. Ils vivent intensément le partage émotif, trop pour répondre à ce genre de questions. Peu importe donc, l'essentiel est le plaisir partagé.
Pourtant, au cœur du souvenir, il y aura le plus des scats d'Hervé Pouliquen, mais aussi de la vivacité enlevée du jeu de Piotr, le musicien classique et baroque de Gdansk puis de Tours, désormais habité par les mélodies bohèmes ou le folklore slave, et qui vibre à l'unisson de ses violons, lorsqu'il les anime de son doigté ou de son archet experts : l'un est habituel, et l'autre porte le nom de strohviol, avec son pavillon amplificateur, qui n'est pas sans rappeler celui de l'enseigne Pathé Marconi. En fin de spectacle, à la demande de Serge Billon, Piotr donnera la genèse de cet instrument bizarre créé en 1885 par un autrichien ingénieur électroacousticien vivant à Londres, Auguste Mathias Stroh, pour palier à la sensibilité médiocre des micros de l'époque et ainsi améliorer les enregistrements de la firme française cité ci-avant. Breveté en 1899, son succès déclinera lorsque, en 1905, l'américain "Shure" inventera un micro beaucoup plus performant. Le strohviol sera récupéré en Roumanie pour sa capacité à jouer en plein air dans les fêtes villageoises, d'où son surnom, parfois, de violon roumain.
23 heures largement passées (on aurait préféré la proximité de minuit), un bis et une standing ovation clôtureront cette soirée d'exception, prélude aux fêtes de fin d'années, avant le nouvel an et ses incertitudes et, surtout, le prochain concert de La Cave du Jazz.
"Vivement janvier prochain", dirons-nous en plagiant Michel Drucker !
Avec cependant un bémol pour l'équipe de la Cave : celui du départ, ailleurs en province, du vice-président Serge Billon et de la trésorière Marie Lemarchand, des piliers fidèles de l'association, avec leur présence active, efficace et amicale. Ils nous manqueront.

Que nos vœux de nouvelle année vous accompagnent, chers Serge et Marie, dans votre nouvelle vie !