Le billet de Clairis 2017

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CERTAINS L'AIMENT CHAUD QUINTET– 28/01/2017

Comment ne pas vibrer, en ce début 2017, des performances d'Armel Le Cléac'h, premier du Vendée Globe, et de Francis Joyon et ses équipiers, récompensés par le Trophée Jules-Verne pour leur tour du monde à la voile. Cela redonne un peu de confiance en l'homme sur sa capacité à se surpasser alors que les vents dominants en nos pays sont porteurs d'interrogations… Quel rapport avec un concert, même au travers de quelque disgression inattendue comme celles-ci ? Ou encore comme cette autre : il y a une trentaine d'années, si ma mémoire ne me fait pas défaut, Le Figaro Magazine avait proposé à ses lecteurs une suite de reportages en des lieux exotiques et enchanteurs, sous le titre de "Cinq filles sur un bateau", agrémenté de superbes photos évocatrices du voyage et où le charme des navigatrices ajoutait au plaisir de la lecture et de la découverte. Hors, ce soir du 28 janvier 2017, s'ajoutant aux traditionnels vœux de nouvelle année, Jazzy 77 accueillait dans sa Cave du Jazz, pour parodier involontairement ce souvenir, cinq filles sur un plateau, où le talent et le métier sont aussi gages de qualité, et d'une soirée exceptionnelle, d'une autre évasion, cette fois dans le temps, car incursion dans le répertoire musical des années vingt. Dans un style que d'aucuns assimilent à celui des orchestres de Louis Armstrong, Bix Beiderbecke, Duke Ellington, Jelly Roll Morton ou Fats Waller.
Ici, pas d'océan pour appareiller, mais la scène, celle bien sûr de la Salle Sainte Anne de Lorrez-le-Bocage, animée de cinq grandes dames du jazz, aux instruments et parfois au chant : Kiki Desplat, la skipper musicale et compositeure des arrangements, au cornet ; Sylvette Claudet, aux clarinettes soprano et basse ; Nathalie Renault, au banjo ; Claude Jeantet, au soubassophone ; et la "washbordiste" Catherine Girard, la "Cajoune" qui, à deux reprises, nous a ravi avec son propre quartet - Sweet Mama - en décembres 2004 et 2015. Tout un programme, qui attira, comme pour l'arrivée à quai de nos vrais navigateurs, un public particulièrement nombreux…
Mais comme le titre du quintet l'annonce, depuis la création de la formation en 1983, pour définir leur style et leur sensibilité, en référence au film que Billy Wilder tourna en 1959 : "Some like it hot", ou mieux  "Certains l'aiment chaud" ! Alors, ne laissons pas refroidir l'intérêt possible des lecteurs pour ces quelques lignes, en laissant l'équipage musical appareiller, et remonter au temps, sous les alizés de l'harmonie et de la connivence, qui mènent à la Nouvelle Orléans et à son souffle qui enrichit le jazz des premiers temps.
La sensation de dépaysement fut d'ailleurs immédiate, dès les premières mesures, tant dans l'offre purement instrumentale mise en musique par Kiki, créatrice des arrangements, que de celle vocale en duo ou trio, parfois en chœur, qui suivit, s'intercalant dans les séquences, avec un phrasé digne des formations américaines qui enchantèrent notre jeunesse, en concert ou dans les films, installant un plaisir d'écoute permanent. Les voix de Kiki, qui n'hésite pas à chanter Mistinguett dans "Mon Homme", de Cajoune, au timbre agréable et souple, avec "Taking a chance of Love", de … ou  "The Man I Love" de George Gershwin, plongent sous le charme. Et puis, il y a la chaleur des instruments, avec les dialogues chaleureux des soufflants de Kiki et Claude, du cornet aux clarinettes soprano et basse qui, à tour de rôle, explorent des gammes complémentaires, où les notes coulent avec fluidité et onctuosité comme le flot autour de l'étrave du bateau ; avec ceux opposés de Nathalie et de Claude, du banjo et du soubassophone, l'un sec et virevoltant, l'autre grave et plein de rondeur et de gravité ; avec le jeu swingué de Catherine, maîtresse es-washboard, et dont la présence et le talent s'accomodent à merveille avec tous les instruments.
Que du bonheur, donc, au travers de titres exprimés avec une sensibilité féminine qui n'écarte pas la vigueur quand elle s'impose, à l'écoute de "Hallelujah", de …, "Georgia Swing", de Jolly Roll Morton "; "Roses of Picardy", de Haydn Wood, quelques références parmi les vingt quatre morceaux et standarts interprétés.
"Runnin' Wild", chanté en trio et ponctué d'un final enlevé, donna la raison du titre - mystérieux pour les profanes - du quartet, car morceau interprété dans le film au titre éponyme : "Certains l'aiment chaud", une histoire dont l'argument central est un orchestre de filles. D'où le choix !...
Il en ressort que beaucoup de plaisir sourd dans cette rencontre de musiciennes. Il est vrai que c'est une formation qui, hors l'arrivée récente de Cajoune, a une expérience de près d'une trentaine d'années, marquée de nombreux concerts et festivals tant en France qu'à l'étranger, et qui fut d'ailleurs récompensée en 1992 du Prix Sidney Bechet, décerné par l'Académie du Jazz… Une belle et méritée référence.
Et minuit de sonner sans qu'on s'en aperçoive, le dimanche commençant par un bis au titre à l'unisson de la soirée passée, proposé par Sylvette : le célèbre "C'est si bon". Et le public de participer, sans se faire prier, aux reprises chantées "… si bon, si bon".
Qu'ajouter vraiment ?
Merci les filles pour cette croisière musicale !


CISCO TRIO – 25/02/2017

La première rencontre de Cisco Herzhaft date d'une quinzaine d'années, alors que la Cave du Jazz accueillait son public dans l'espace "germanopratin" de l'Auberge de la Vallée, à Nanteau-sur-Lunain.
Un coup de "blues" que ces retrouvailles à la Salle Sainte Anne de Lorrez-le-Bocage, ce 25 février 2017, pour un quatrième rendez-vous ? Non pas vraiment, car du "blues" où le plaisir est au rendez-vous, avec, auprès du guitariste, les mêmes compagnons de route : Bernard Brimeur, à la contrebasse ; Patrick Cassotti, à la batterie. Des musiciens de métier et de talent, qui savent accompagner le chant avec un grand savoir-faire. Dans le programme n° 20 de 2005, Bernard était défini comme une contrebasse qui "swingue et slappe toujours avec bonheur" et Patrick comme un manipulateur de baguettes, balais ou mailloches qui "jouent à la fois tout en finesse et maestria". Des compagnons de route indispensables en osmose avec le maître, même si celui-ci peut occuper la scène à lui tout seul, comme parfois.
"Auteur-compositeur prolifique, qualifié alors par la presse de "nouveau roi de la guitare Ragtime", considéré comme un vétéran du Blues "fingerpicking" et l'un des meilleurs "sliders" d'Europe", il est toujours l'homme aux "doigts magiques", - la soirée le prouvera -, pour le bonheur de tous les présents. Et bien, ce musicien de renom, habitué des grandes scènes et festivals de France et d'ailleurs, qui avait été sélectionné pour représenter l'hexagone à l'International Blues Challenge de Memphis, début 2012, et auteur d'une douzaine d'albums, n'a pas perdu de son authenticité et de sa proximité : nous retrouvions ce vagabond du blues fidèle à lui-même, avec une empathie communicative, une présence dont les années ont préservé la passion du partage et même ajouté de la profondeur. Et le plaisir est fort d'écouter ces "chants du cœur" mis en relief avec sobriété, d'une manière presque épurée, mais aussi le support d'une extrême virtuosité de jeu, tant sur sa guitare classique que sur celle à résonateur, son dobro métallique. Et puis il y a les anecdotes, nécessaires pour l'appréciation ou la compréhension, et que l'on reçoit un peu comme des confidences. L'émotion est palpable, souvent. Ainsi lorsque Cisco évoque la naissance de sa décision de chanter le blues, au travers d'une rencontre dans le Tennessee : celle d'un vieux musicien qui en avait été l'un des chantres et qui, à plus de octante ans, sa notoriété étant passée de mode, jouait sur un piano au Memphis Center For Southern Folklore, pour quelques pièces, enfin pour survivre et se donner sans doute un peu de rêve : Mose Vinson (1917-2002). Un moment qui pourrait sembler mineur dans le voyage aux sources, peut-être, mais si fort ! Et si Cisco se donne aujourd'hui au blues avec autant de ferveur, c'est sans doute au travers de ce souvenir, et, puisqu'il l'évoque, pour aussi maintenir la mémoire de cet homme.
Pourtant Cisco a une vision réaliste de ce chant né des temps qui accompagnèrent et succédèrent à  l'esclavage. Il confiera, en introduction de son "Hospital Blues" : "Ce qui caractérise le blues c'est qu'on parle toujours de soi. C'est toujours à la première personne au singulier. Parfois c'est vrai, parfois, c'est n'importe quoi. C'est à chacun de décider de ce qui est vrai ou pas…"
En réalité, le blues chante la vie, celle des déshérités, celle de ceux qui souffrent ou n'ont plus l'espoir, avec parfois, des sursauts critiques, comme dans cette autre anecdote de Cisco, prélude à "John the Revelator". Celle d'un noir qui avait ressenti le besoin de prier. Il avait aperçu, au bout d'un chemin forestier, une petite église. À la porte, un prêtre blanc l'attendait, qui lui refusa d'entrer. Déçu, le noir s'en revint. En route, il rencontra Dieu, évoqua l'attitude des blancs. Et celui-ci de lui répondre : "Ne t'inquiètes pas ! Moi non plus, ils ne me laissent pas entrer !
La talent de Cisco est, au travers d'un spectacle si porteur de générosité dans le partage, d'harmonie de mots et de notes, qui nous fait ressentir une chaleur humaniste prégnante. Il ajoute à son sourire le timbre de sa voix, plein de séduction naturelle, le silence des paroles, quand le battement mélodique devient essentiel à l'expression et s'impose. Et s'y ajoutent, à plusieurs reprises, la complicité du public, conquis, qui accompagne la rythmique des battements des mains. Ou encore applaudit les soli qui permettent à ses compagnons de donner la mesure de leur talent de leur présence en accompagnement, donc en retrait, mais forte. Sans oublier les performances de Cisco en solo, notamment au travers du célèbre "Apache" créé en 1960 par The Shadows, ou encore d'une version ragtime originale de "La Marseillaise".
Quant aux rappels, en fin de concert, ils se feront devant un public debout, vibrant de battements de mains accompagnant la rythmique et d'applaudissements nourris. Le point d'orgue en sera le dernier titre : "Whisky", interprété au dobro. Cisco faisant résonner les cordes de la main droite, pris un verre de la gauche dans lequel sa collaboratrice montant sur scène versa de ce breuvage. Il le dégustera ensuite tout en utilisant ce verre pour presser le cordes sur le manche et créer la mélodie selon des sonorités hawaïennes.

Les dernières notes furent celles de "Il est des nôtres, il a bu son verre… " dans un rythme suggérant un abus de boisson. Superbe final où Cisco fera montre de son habilité dans l'art du "bottleneck", que lui apprit un jour, - si mes souvenirs sont bons -, le chanteur de blues et guitariste Fred McDowell (1904-1972) ! Une conclusion musicale qui, passé la standing ovation, laissera des traces chez les spectateurs, sur la route du retour, alentour minuit.


The French Project "THE FRENCH PROJECT"– 25/03/2017

Avant le concert s'était imposé dans les esprits "le projet français" pour demain, thème naturel d'une campagne électorale présidentielle, mais de grands questionnements !
Heureusement pour les bienheureux spectateurs de La Cave du Jazz à Lorrez-le-Bocage, ce 25 mars, il y avait au programme, sans autre ambition cette fois que d'apporter du plaisir, "Ze French Project", celui porté par Éric Luter, - le fils de Claude -, et son quintet.
Avec l'idée d'oublier la langue de Trump pour une traduction teintée d'humour dans la langue de Molière. Un plaisir accru par le talent et la complicité de musiciens hors pair, en parfaite osmose dans la mélodie. Avec, bien sûr, le leader, Éric, à la trompette, à la présentation et au chant ; Cyril Guyot, aux saxophones ténor et alto, et au chant ; Olivier Lancelot, au piano et à quelques répliques ; Jean-Pierre Rebillard, à la contrebasse ; Stéphane Nossereau, à la batterie et au chant.
Dès les premières notes, cela swingue et c'est enlevé, parcourant au long de la soirée la musique de standards américains, avec Ray Charles, Erroll Garner ou Duke Ellington, mais aussi de la chanson française, évoquant Sacha Dystel, Gainsbourg, Claude Nougaro, - où le timbre de la voix de Stéphane fait merveille, avec "Armstrong" et "Le jazz et la Java" -, ou encore Charles Trenet.
C'est une formation équilibrée, avec une équipe en symbiose, mais où Éric Luter ménage des temps de soli ou de duos, qui permettent à chacun de donner la mesure de son jeu : le clavier expressif, fluide et stride d'Olivier, les cordes volubiles, tant au doigté qu'à l'archet de Jean-Pierre, le jeu aux divers registres des percussions, à la baguette ou la balayette, de Stéphane, et bien sûr les mélodies inspirées des soufflants d'Éric et de Cyril. Avec souvent des duos rythmiques remarquables entre contrebasse et batterie, et des duos de scats marquants entre Éric et Cyrille.
Bref, c'est agréable, sensible, chaleureux, cela chante dans les têtes des spectateurs, quand ceux-ci n'accompagnent pas de leur voix, à la proposition du leader, des morceaux très suggestifs, dits interactifs, comme "Au fond de la Chine", "Le Livre de la Jungle" ou encore "Vieille canaille ".
Tout un parcours mélodique, donc, qui nous fait parcourir la fameuse "Route 66", au travers d'une version plus adaptée à nos habitudes : "La Route Paris-Nice”, cela peut-être non pas en automobile, dans un petit matin brumeux ("Misty"), mais plutôt à bicyclette, comme le suggère un autre compositeur évoquant sa petite reine : "Mon vélo".
Alors, pour reprendre l'un des titres bretonnant, "Un verre de chuchen", boire du chuchen, c'est mieux que boire de la verveine et ça vous met en forme, disons que le concert se termina minuit approchant, dans cet esprit.

Merci à "Ze French Project" de ce bonheur simple, mais efficace.


Jazz à Bichon "JAZZ À BICHON SEXTET"– 22/04/2017

La soirée du 22 avril 2017 était veille du premier tour d'élections présidentielles, et donc porteuse d'interrogations ou d'inquiétudes, de pronostics nécessairement hasardeux en raison de projections plaçant les quatre principaux candidats, en arrivée d'étape, dans un mouchoir de poche… Cela sous les menaces d'un attentat toujours possible… Une certaine morosité de circonstance, donc… On en a même oublié, chez les organisateurs du concert, qu'il se devait d'être fêté, ce soir-là, le 20e anniversaire de la naissance de l'association Jazzy 77, créée à Saint-Pierre-lès-Nemours pour promouvoir le Jazz et les musiques du monde, alors que ces manifestations étaient rares dans la région : c'était le 15 avril 1997. Aujourd'hui, 215 concerts ont ainsi été proposés au public, organisés par des bénévoles amoureux de la musique et en particulier du jazz…
Justement ce soir, à l'affiche de la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage, un orchestre qui avait choisi un répertoire où le mot "amour" devait être le leitmotiv de nombre des morceaux proposés, prélevés dans ce jazz des débuts, qui brilla de la Nouvelle Orléans à Chicago, véritable référence à cette musique vivante de partage et de liberté qui enchante toujours aujourd'hui.
L'invité de Jazzy 77 : "Jazz à Bichon", un sextet créé en 2010 et spécialisé dans l'adaptation des arrangements des grands orchestres de danse de la Nouvelle Orléans dans les années 20 et le début des années 30, où s'illustrèrent Fletcher Henderson et Clarence Williams, ou aujourd'hui tombés dans l'oubli, comme "The Goofus Five", "The New Orleans Owls" ou "The Halfway House Orchestra". La qualité pour principe, comme en témoignent les invitations du groupe dans les grands festivals de France : Megève, où ils obtinrent en 2012 le Premier Prix du Festival International Jazz et le "In" de Marciac; et à l'étranger, notamment à Breda (Hollande), Ascona (Suisse), Edinburg (Écosse), Dresden (Allemagne),… Dans le programme, on pouvait lire qu'ils avaient joué, collectivement ou individuellement, avec de nombreuses pointures musicales, parmi lesquelles : Jabbo Smith, Doc Cheatham, Benny Waters, Bill Coleman, Wingy Manone, Wynton Marsalis, Dan Barrett, Turk Murphy, Bob Barnard, Humphrey Lyttelton, Evan Christopher, Claude Luter, Claude Bolling, Daniel Huck, Irakli, Jean-François Bonnel, Éric Luter, Guy Lafite…
Qu'ajouter, sinon que ce sont tous des musiciens passionnés de jazz, habités de swing : Georges Rolland, le chef charismatique, au cornet à piston ; Guy Champême et Renaud Perrais, à la clarinette et aux saxophones alto et ténor ; Philippe Anhorn  au piano, à la présentation agréable et pleine d'humour ; Jean-Pierre Dubois, au banjo quatre cordes et Eric Perrion au sousaphone.
En résumé, une musique pleine de chaleur et de bonne humeur propre à raviver un certain optimisme, ponctuée des duos vocaux agréables de Philippe et de Georges, et de temps d'improvisations instrumentaux généreux où excellent en particulier Guy et Renaud, en dialogues ou en soli. C'est aussi visuel, au travers de la présence en symbiose des musiciens, - chacun se levant à chaque solo -, et de compositions où les différents timbres des instruments, si l'on fait référence aux couleurs, peignent un véritable tableau acoustique, très coloré donc, tout de vibrations, avec pour preuve d'appréciation les applaudissements fidèles du public qui ponctuent chaque solo, tandis que le banjo de Jean-Pierre et le sousaphone d'Éric marquent la rythmique de leurs sonorités en opposition. Un programme parfaitement composé et équilibré, avec de surcroît un indicatif d'entrée et de final, ce qui n'est pas courant.
Comment, pour les spectateurs, ne pas remercier le groupe, minuit approchant, par une standing ovation, avec en réciprocité et récompense pour prolonger le plaisir, un bis : "Snookum" empreint de vigueur "charlestonienne", ce dont profita dans la pénombre, non loin de votre serviteur, une danseuse solitaire sortie du public.
Une soirée pour tous de délectation, invitant à déguster de la positivité.
Grand merci, donc, aux interprètes de cette musique "bichonnée" !
De quoi attendre avec plus de sérénité la surprise du second tour des élections !


Mirror "MIRROR QUINTET"– 20/05/2017

Après les turbulences environnementales où coups de vent tourbillonnants et nuées parfois grêleuses se sont succédées, mais où le choix national électoral s'est finalement porté sur un renouveau en mouvement de la politique, les conditions étaient requises pour apporter de l'apaisement et, en plus du brin de muguet traditionnel du mois, un brin supplémentaire d'optimisme… Cela fut sensible lors de cette soirée du 20 mai à La Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage, laquelle, pour le rendez-vous en musique mensuel de Jazzy 77, accueillait une petite formation d'esprit latino, déjà appréciée en octobre 2013 : Mirror Quintet. Le public était là. Et il fallut ajouter des chaises pour l'accueil des derniers arrivés.
La présence de ce combo était promesse de dépaysement car, bien qu'originaire de Montargis, ses envies de voyages et de partage d'impressions nous porteraient, nous le savions, des ensoleillements du Brésil aux brumes des Carpates, en passant par la Nouvelle Orléans, avec bien des étapes rythmées en chemin, sous les influences de compositeurs comme Ray Barretto, - le conquero cubain -, John Coltrane, Paul Desmond, Paquito Drivera, Eddy Louiss, Astor Piazzola, ou encore Ramón "Mongo" Santamaría… Une musique sous influence du Mirror Combo, colorée et généreuse, et exprimée dans sa plénitude avec le talent de Éric Renaud, aux saxophones dont il maîtrise tous les registres, passant avec aisance du soprano au ténor, de l'alto au baryton. Et, pour l'accompagner, d'autres talents virtuoses : Frédéric Rondeau, au piano et à l'orgue Hammond ; Christophe Michaud, à la guitare basse ; Gilles Durand, aux congas et percussions, et Patrice Ricouard, à la batterie.
Le début du concert se fera pour Éric dans la pénombre de la salle, saxophone et mélodie en bouche, pour gagner la scène où ses compagnons successivement prennent place, marquant d'abord la rythmique, puis accueillant la basse et les piano et orgue Hammond. Et c'est vite un enchantement musical, entrecoupé d'interventions décomplexées du leader qui présente chaque titre, portant des jugements préalables de nullité ou de chef-d'œuvre, réclamant avec une fausse modestie, parfois, des applaudissements anticipés. Mais cela participe à l'ambiance. On est sous le charme, prêts à déguster sans modération chaque plat musical que le soufflant ou les cordes, dont celles aériennes de l'orgue, mettent en sauce et parfument d'épices, selon les recettes éprouvées de Mirror. Certaines prennent référence, d'ailleurs, sur les compositions d'un "chef", fils du grand-père d'Éric, beau-frère de sa femme et oncle de sa fille, un certain Eddie Renaud, qui mit au menu plusieurs titres, comme "Le sens de la vie", "Bossa Flamenca", ou "Slibovitch".
C'est goûteux, jouissif, cela swingue, et conduit certains spectateurs à des pas de danses, tandis que d'autres soutiennent le tempo de battements de mains.
Il semblerait, aux dires du leader, que deux morceaux aient été empruntés à de grandes formations, l'une cinq fois plus grande, pour "Prime Suspect", l'autre vingt fois, pour "Celestin". C'est dire que l'interprétation de Mirror donne le change et est performante, ce dont nous ne doutons pas un instant. Et Éric, qui ne semble lui aussi douter de rien, au moment de proposer un langoureux "Oblivion", de Piazzola, sachant que les compagnes de plusieurs musiciens sont présentes, d'ajouter à l'adresse exclusive des nombreuses femmes dans la salle : « Avec ce morceau, les nanas sont folles de nous, et on est obligé de racheter des chemises… Alors soyez discrètes, Mesdames, car nous sommes ce soir accompagnés. Et donc, pas d'histoires avec nos chéries : mais on peut vous donner des 06, les plus jeunes des 07 ! »…
Je retiendrai pour ma part, parmi mes mets préférés, - mais ne le sont-ils pas tous ! - l'introduction apéritive avec "Afro Blue", la superbe interprétation de "Doloroso", où le chant du sax soprane nous projetterait dans la scène improbable d'un western de Sergio Leone ou de John Ford,ou encore "Slibovitch", déjà cité, pour un dépaysement sans doute un peu yiddish, ou peut-être alcoolisé, au pays de Dracula.
Les douze coups de minuit sonnant, après le bis réclamé d'un "English Man in New-York", ce sera une séparation sans hâte, pour un retour chez soi, empreint de satisfaction.