Passport to swing
samedi 22 avril 2023

Pascal PERRIN : clarinette et saxophone
Charles PRÉVOST : washboard
Pierre FRASQUE : contrebasse
Sylvestre PLANCHAIS : guitare et banjo

Qui sont-ils ?
Presse
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C'était comment ?
 


Photos : Valérie CARREAU




 

Passport to Swing, le Jazz de l’honnêteté

« Ce son là, ce côté blues, églises, petites routes, cette sonorité, ce rythme rural, du Sud, du Midwest. C’est à la tombée de la nuit, sur les effrayantes petites routes secondaires de l’Arkansas, lorsque les chouettes sortent en hululant, que ce son se mêla à mon sang. » Miles Davis

« Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les plus belles » Miles Davis

Louisiana stories, Louisiana history… Nul besoin de dépliant touristique, on invoquera plutôt sa culture musicale, cinématographique, littéraire quand, depuis la France, une clarinette New Orleans lance quelques notes mélodiques et que le washboard qui l’accompagne, en vrai cliquetis de l’âme, racle et tinte sa vérité première. Alors le voyageur entrevoit et s’imprègne rêveusement du bayou des marécages du Mississippi, son climat subtropical humide qui collent la chemise à la peau moite, le grouillement populeux de la ville majoritairement afro-américaine dans laquelle sont nés Louis Amstrong et Sidney Bechet, les fanfares pour les enterrements et toute la mélancolie joyeuse du New- Orleans.
Passport to Swing de Pascal Perrin, invité ce soir à la Cave du Jazz, saura immédiatement immerger, saisir de sa douce poigne, basculer en déséquilibre et à la dérive, faire battre follement la campagne. Comme un bon roman embarque dès ses premières phrases, quelques notes de clarinette transportent l’idée anachronique d’un état de la Louisiane à la ruralité crépusculaire, aux baraquements ombrés au bas du grand fleuve, aux attroupements furtifs de chants et de paroles profanes ou religieuses. Cet imaginaire, sorti des commencements du siècle dernier, est ici apnéique avec ses figures légendaires, ses classiques et ses standards.

L’esthétique New Orleans assumée et le sentiment vintage parfaitement maîtrisé se doivent d’être garant d’une nécessaire véracité. Encore faut-il en saisir toute l’inspiration. La fidélité n’est pas tout. C’est par l’honnêteté que Passport to Swing remporte la donne et se soude en un Jazz-band cohérent. Les génies sont là où ils doivent être, mais ce pour quoi le jazz a été inventé est précisément cette sincérité de jouer là tous ensemble : on se pose peu de questions, on sonne d’abord. Savoir jouer dans la collective et on assouplira toutes les intentions. La mise en place est impeccable, exécutée avec une aisance évidente. Les breaks sont bien calés. Les improvisations s’échappent rarement en embardées dangereuses, magnifiant à la fois l’unité d’un groupe et la belle horlogerie des morceaux joués courts - en démontrant que la simplicité et l’humilité sont l’essence partagée du Jazz depuis sa naissance. Sans être pour autant syncrétiste : point de rupture, brisure ou accidents créatifs habituels, le Jazz se réalise ici comme un dédoublement certes moins dramatique. Ainsi la clarinette et le washboard s’accompagnent-ils d’une guitare talentueuse aux accents volontiers manouches, qui polissent la nature plus brute du son New Orleans et lui insufflent de son aimable swing.

Jouer le jazz de l’honnêteté, c’est sacrifier une virtuosité par ailleurs très continentale. Américaine, cette envie de jouer collectivement crée un esprit qui produit une joie intérieure à son public. L’accent est mis sur cette simplicité pour renouer avec l’élan premier du Jazz : cette vitalité de jouer ensemble quel que soit le niveau du musicien. D’ailleurs le groupe invita, dans le public, ceux qui avaient un instrument à monter sur scène avec pour unique promesse la communion des uns et des autres. L’important n’est donc pas d’ériger l’étendard de la vraie musique – en somme nourrir la guerre du goût - mais de s’adresser au ventre, dans un certain état d’émotion. Si Louis Amstrong était un défricheur et un inventeur, jouer sa musique en 2023 aura pour seule ambition d’apporter un bien être à vivre. Ainsi Pascal Perrin, grand professionnel, sait jouer des indélicatesses de sa clarinette pour en éprouver l’authenticité, et sans fioritures, choisir les notes les « plus belles » pour improviser sur le thème, en nous plongeant au sein même du plaisir. Appel de la nuit pour les aventuriers, les voyous, les fêtards, appel de la forêt pour les romantiques ou les loups… Pour Passport to Swing, la justesse de cet appel est le projet essentiel.

Cyril Durand, le 27 Avril 2023
(adieu.maldone@gmail.com)




 

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