Le dernier concert c'était comment ?


Jelly Bump novembre 2018

Retour au voyage, au territoires étrangers et lointains ! Jelly Bump en bon professeur assermenté réservant à la cave du jazz la sortie en avant-première de leur dernier opus.

C'est sous l'égide du fantasque Jelly Roll Morton que ces prosélytes passionnées du jazz noir de la Nouvelle-Orléans nous ont requinqué d'une triste fin d'Automne. Avec ce rien de gouaille émaillée de private jokes à sous entendu sexuels qui plaisanteraient leur propre nom de par l'argot américain, les petits bars alcoolisés, les maisons closes convenablement tues, on en viendra naturellement à quelques reprises clairement traduites de l'inévitable Kurt Weil. Jelly Bump marie le picaresque et le léger comme on hésiterait à retranscrire le dur pittoresque d'une époque et le divertissant, la pochade pastiche en culottes courtes bien parisiennes.

Par une première partie très habitée et studieuse, ils nous ont donné à ressentir, costards élégants sortis pour l'occasion, les caractères premiers de ce trajet aussi temporel que géographique. À chacun son Jelly Bump, le ludique perçait à l'occasion, de bons mots désamorçant le pédagogique jusqu'au détournement pur et simple, léger et très français. Le public s'est réjouit d'une deuxième partie plus spacieuse, libérée de l'admiration et participa pleinement aux invitations, joueuses des soli d'instruments dont on sentait bien le grand amour pour l'acoustique bien aidé par le sousaphone, la petite batterie et le banjo derrière les braves, les héros de la clarinette et du saxophone.

Pas de spectacle à sketchs pourtant – ce qu'ils ont accompli par le passé - mais la bande son très cinématographique d'une époque à l'aide de tous ses représentants semi-divinisés. Avec une modestie amusante bien entendu, Jelly Bump les réincarnera littéralement devant nous, et c'est toute une bataille musicale que l'on ressent, ses heurts et malheurs, et surtout ses parterres de fleurs à venir, de l'histoire primitive du jazz. On remonte aux origines de la foi qui ne manquera pas d'humour et la saison se replie, vaincue comme par l'effort obstiné d'un petit orchestre de jazz qui nous apporte cette joie, ce réconfort étrange issue d'une époque des plus âpres.

Alors quel est ce « jazz vivant » dont se prévalent ces musiciens promis aux serment de leurs idéaux ? Provient-il du ludique ou de la fidélité ? À écouter depuis les originaux défricheurs américains, après ce beau concert, on les découvrira sans servilité, conforme à l'esprit plus qu'à la lettre. Encore une victoire de la cave du Jazz  dont l'éclectisme de la programmation, vantée par les intervenants même, nous pousse encore à la découverte. Le lendemain, on s'entichera du fol Jelly Roll Morton de par une triste journée dominicale. Transmission, médiation ont été entendues.

Fletcher Christian


Marc LONCHAMPT Quartet octobre 2018

Avec le Marc Lonchampt quartet nous avons eu à faire a une belle leçon artistique, créatrice ; comment l'artiste vit au monde et s'y manifeste. Les bénévoles passionnés de la cave du jazz ont invité ce soir ce qu'il y a de plus beau dans le professionnalisme.

On ne plaisante pas avec la légèreté, on est virtuose de sa plénitude et de son refus du malheur. Ces musiciens matures conscient de leur force et de leur aptitude nous ont donné à entendre un vrai enseignement de finesse et surtout de talent.

Leur jazz est donc un art de la joie, rigoureux, ne laissant aucune place à la mélancolie ou à l'affectation, mais avec le plus grand sérieux, sans aucun appel du pied comique, à l'aide d'une habileté éthérée, qui appellent au plaisir et à la reconnaissance.

Leur musique est affaire de gens qui savent l'art du divertissement américain, le trouble existentiel pudiquement réservé, c'est l'instrument qui impose sa légèreté toute nietzschéenne ou j'oserais cette analogie artistique ces explosions de fleurs de la fin de vie colorée d'Odilon Redon. Le public ne s'y est pas trompé, un respect tangible semblait ambiancer l'atmosphère de ce beau début d'automne. Nous avons assisté à un vrai concert issu de gens qui se savent et un certain public qui a fait le grand voyage pour se retrouver en belle communion.

Ces musiciens aguerris, conscient de leur technique se sont en effet recomposés et se sont découverts devant nous, basé sur un album, qu'ils ont revisité entièrement, de compositions personnelles et de standards revus et toujours corrigés par l'Histoire.Ils se connaissaient peu et circonstance oblige c'est devant le public de la Cave du Jazz qu'ils apprirent à se reconnaître, par leur aptitude musicale seulement.... c'est au détour d'une phrase que j'ai surprise, qu'on les comprend pour ce qu'ils sont spécifiquement «Nous pourrions recommencer à jouer ensemble cela nous permettrait de parler de nouveau !»

Le dialogue musical du pianiste et du guitariste qui ne se sont fréquenté que deux jours s'est opéré devant nous comme l'événement inexprimable quasi tactile d'un film de Boorman. Vous le savez cette séquence ou un touriste urbain parle, banjos fusionnés, avec un jeune autochtone et bien c'est à ce vertigineux échange que nous avons eu la grâce d'assister mais avec des musiciens aguerris ayant eu leur vécu de musique. Nous avons eu ce privilège à la Cave du Jazz d'être présent à ce grand instant créateur en ce qu'il a de plus maîtrisé, celui de gens qui vivent de leur art, avec une gravité, une réserve je dirais que seule la musique dément. C'est la beauté de l'art qui n'a jamais été prostitution spectaculaire mais un artisanat brillant, sans rien de romantique, imposant son gai savoir.

Un standard déjà revisité et Marc Lonchampt vient à plaisir s'y repositionner. Telle référence reprise est qualifiée issue d'excellents musiciens : nous avons a faire a des gens de métier. Le bonheur du jazz n'est pas burlesque, elle se manifeste dans les délier des doigts et la transsubstantiation de l'être humain, doué de parole et de sentiments, en leurs instruments. Un problème d'enceinte, momentané, nous a révélé l'aptitude de ces artistes à occuper le silence et c'était très beau à voir, cette attente meublée de notes patientes qui peu à peu sans y prendre garde ne purent faire autre chose que reprendre du service.

En somme ces grands professionnels nous ont parlé de leur jeunesse toujours là en leurs doigts et c'était là le grand moment d'émotion. Au piano, à la guitare, le pathos n'existe pas. C'est de vie musicienne qu'il s'agit.

Fletcher Christian


BUZZTOWN Septembre 2018
La cave du Jazz l'année dernière jouait la carte du voyage, une nouvelle année commence et on peut vraiment dire qu'elle fait doucement rupture avec Buzztown. Pas de voyage, pas de paysage dans le blues complexe de ce groupe français anglophone mais une façon toute personnelle de ramener à soi une culture multiple qui ne rend pas compte fidèlement, en prosélyte, d'un pays ou d'une histoire. C'est que ses quatre membres ont depuis longtemps incubé leur amour du blues ; ne cherchez pas chez eux de l'iconoclastie toujours très attendue mais au contraire un respect distillé de ce qui est venu corporellement à eux et dont ils n'ont paradoxalement pas à faire allégeance. Ils ne rendent plus compte du blues, du jazz, du rock, du reggae ils les ont fait venir à eux comme dans un creuset, un alambic et modestement, systématiquement, avec une belle constance, bâtissent la base d'une pyramide dont la pointe a été ce samedi 22 Septembre l'émotivité conquise de leur public.
Comme ont le dit pour le cinéaste leur pays, leur histoire c'est l'instrument.C'est la question de la complexité de l'identité qui est en jeu et Buzztown y répond avec discrétion et méthode. C'est tout le mérite de la cave du jazz que d'avoir eu l'ouverture d'esprit, payante, d'accepter un groupe - qui ont le suppose par ces temps régressifs, où les médiums artistiques dans le souvenir intempestif des anciennes avants-gardes ne font pas toujours ponts, où l'identité spécifique se doit d'être rapidement et scandaleusement démontrée – qui doit certainement avoir des soucis avec son époque, ses lieux, ses chapelles.
Leur système, fruit de l'exhaustivité de leurs influences prend son temps, se répète de morceau en morceau, sans jamais se radicaliser. Qu'est ce que la radicalité face à la diversité des influences? Pas de reprises mais un fin ouvrage de compositions personnelles qui peut rappeler le novice en théâtre qui se riant des répétitions méticuleuses de son vieux confrère en vient a abdiquer devant la merveilleuse horlogerie de son résultat.
Le cinéaste provocant formule des idées vagues par des images claires, Buzztown pareillement prend plaisir au trop plein de la note mais avec une propreté, une netteté qui leur permettent de contrôler leur hétérogénéité et de proposer ces finales envolées, preuve que le précis engendre l'émotivité.
Excellents musiciens, les mots ne sont pas plus sacrifiés comme on pourrait peut-être s'y attendre en discernant chaque fois leur introduction et conclusion standart à un espace instrumentalisé qui prend largement, dans un entre-deux ventral toute sa liberté. Mais pour autant l'instrumentiste parle-t-il ? Je ne le crois pas tant les soli nombreux sont du pays, ici, du seul sentiment.
Quelle est la modernité auto-proclamée du blues de Buzztown ? Une avancée lente et progressive vers un graissage par l'atmosphère qui emporte très intelligemment l'adhésion et laisse le public de la cave du jazz finalement pantois. Ces jeunes gens ont de la maturité artistique, ils ont trouvé leur formule comme dirait le poète pour mieux l'amplifier ou au contraire decrescendo la marier de silence sans lequel la musique ne serait rien.
Buzztown a donc raison, il fait bien un blues moderne en cela que rigoureux, mais au contraire du peintre et du littérateur ne se résumant pas, il ouvre le champs de l'identité sans aucune mollesse ni indécision. La modernité ici ne déconstruit pas, ne détruit pas pour mieux s'excuser de jouer, mais dans la question identitaire qu'il pose ouvrage son morceau, systématiquement comme avec une belle persévérance et fini par dépasser la clarté de la note pour imposer cette belle ambiance, c'est à dire in fine le mystère invisible de son style.

Fletcher Christian



SEIS POR OCHO
juin 2018

6/8 c'est la base rythmique que l'on retrouve dans la musique classique, la valse et...
Samedi soir pour le dernier concert de la saison le groupe Seis por ocho a tenu magistralement ses promesses et a même réussi, c'est une forme de performance, à faire danser une partie du public qui lassé de voir ses jambes bouger toutes seules s'est décidé à se lever. Le voyage annoncé était le Brésil mais c'est surtout à Cuba que nous nous sommes posés, et pour cause c'est le pays de la chanteuse Yanara.
La formidable « machine » rythmique s'est mise en chauffe, menée par le jeu subtil de Nicolas au piano, les congas et le chant de José aux mains magiques, la flute et le saxo aérien d'Arnaud, le trombone puissant et chaleureux de Giovanni, la basse ronde et précice de Karim et dès l'arrivée de Yanara le décollage à eu lieu, la voix chaude et chaleureuse, le mouvement léger de son corps, qui accompagne les bras, au bout des bras des mains et dans les mains des maracas ou un guiro et la magie opère... Bref un très beau voyage comme on les aime à la cave du jazz. Le public après une ovation debout est rentré sur un nuage. Et vous repartez bientôt ?



DIRTY RICE
mai 2018

Bonjour, ou étiez-vous pendant les ponts du mois de mai ?
Nous avons voyagé en Louisiane ou nous avons goûté la southern food de la nouvelle Orleans (le dernier album), nous avons apprécié la "country" près de Nashville, nous avons aussi fait un saut au brésil pour la samba de mia terra sans oublier un soupçon de bossa nova et en rêve nous avons même entendu une vielle comptine de Syrie chantée en arabe totalement hypnotisante avant de partager les chants étranges des blacks indians, bref plein la vue et les oreilles mais sans jet lag.



Las Famatinas
avril 2018

Ce soir le trio LAS FAMATINAS nous a emmené en Argentine à travers un concert conte ou conte concert tant le talent de Ninon est grand, en cinq minutes toute la salle était dans la Pampa et y est restée jusqu’au bout, ce qui est surprenant c’est que les silences étaient comme le prolongement d’une musique intérieure amenée par petites touches par, la voix, je devrais dire les voix, car chacune a son registre propre complémentaire des deux autres, les flûtes de Valentine, le bandonéon de Ninon, les ukulélé, violon, cajon, de Patricia sans oublier le caja (tambourin argentin) et, chaque titre présenté par une histoire contée qui maintient la salle en haleine ou dans les grands espaces. On sent la cordillère dans le fond et les herbes qui bougent sous le vent léger, l’esprit du carnaval dans les villages du nord. Dans la salle se trouvait un Argentin très ému qui dit avoir retrouvé son enfance, tellement surpris que cela lui arrive ici à Lorrez-le Bocage, mais cette émotion a aussi été largement partagée par le public qui est reparti comme s’il arrivait de la bas.