Le billet de Clairis 2010

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HÙRLAK QUARTET - 16 janvier 2010

Après des jours hivernaux de neige et parfois de routes verglacées, quoi de plus légitime que de songer au voyage, que d’imaginer d’autres chemins vers d’autres horizons. Un dépaysement profond qui fasse un peu oublier le début d’année difficile et donne du rêve. Ce soir-là, à la Cave du Jazz, la promesse était de partir à la découverte d’itinéraires nomades, ceux-là même que suivirent au gré des caprices et du rejet des frontières, tziganes des Balkans ou gitans d’Andalousie, avec quelques errances buissonnières plus lointaines au travers des sables qu’il faut parcourir entre côtes berbères et terres d’ébène, pour se nourrir d’autres harmonies… Pour exciter l’imaginaire par la musique, des guides sans pareils, expérimentés, déroutants parfois, car il n’est pas question avec eux de faire appel aux folklores déjà vécus ou connus : c’est leurs propres visions qu’ils cherchent à partager. Et c’est flamboyant ! Il y a là Thierry Vaillot, guitariste de jazz passionné d’exotisme slave et méditerranéen, qui donne le ton à son équipe ; Christian Toucas, accordéoniste inspiré, qui ajoute la touche de nostalgie de son instrument ou encore d’humour lorsqu’il délaisse celui-ci pour le jeu vocal, avec des scats inattendus et pleins de fantaisie ; Éric Onillon dont la contrebasse rythme la marche et la rend légère. Et puis, il y a la jolie Héloïse Lefebvre, de formation classique au Conservatoire de Tours et Prix Sacem Jeune talent 2009. Sous la sensibilité de son archet ou l’agilité en pizzicati de son doigté, la mélodie née des cordes de son curieux violon électronique n’a de rival que le sourire et la jeunesse de son interprète (20 ans seulement !). Dans ce quartet sans pareil, homogène et talentueux, où chacun participe aux évocations originales de Thierry, c’est bien Héloïse qui mène la danse, avec un jeu sensible et coloré qui fait merveille, capable d’enivrer les Abélard de la salle et de séduire tous les autres. Thierry ne lui a-t-il pas dédié un “Violon dingue”, que nous avons apprécié dans un duo des plus brillants, démonstratif du savoir jouer. Quel voyage ! Des polyphonies d’images nous assaillent, avec des haltes, ici égéenne à Mykonos, là atlantique à Essaouira. Les cultures s’imbriquent, interfèrent, fusionnent sous un tempo manouche à la Django. Le cours du voyage est sinueux, qui prend sa source en amont du Danube pour traverser ici notre Provence, là Séville ou Cordoue, et mourir dans quelque oued saharien. On repense à la très belle composition d’Héloïse : “Méandres”, qui nous fait suivre le cours sinueux, après les rapides, d’une rivière apaisée qui serpente au travers de collines ensoleillées. Puis au “Blues des sables”, de Thierry, qui évoque le passage d’une caravane qui suit la piste au cœur des dunes, et où les cordes du violon vibrent du vent qui caresse l’espace minéral et le façonne. Un paysage différent se dessine chaque fois dans l’imaginaire de chacun, au travers de la richesse harmonique de la composition… La magie d’Hùrlak est d’offrir toutes les libertés au rêve.

JOAN MINOR QUARTET - 13 février 2010

Toujours la neige, en terre gâtinaise… Froidure et petites routes parfois mal dégagées... Ciel couvert peu à peu gagné par la nuit hivernale… Un argument pour rester chez soi, près d’un bon feu de cheminée, ou devant l’écran qui retransmet les Olympiades de Vancouver… Mais un rendez-vous à Lorrez-le-Bocage était gage de chaleur, puisque la Cave du Jazz y accueillait Joan Minor, de retour de New-York, suite à un long séjour aux Etats-Unis. Une vieille connaissance qui nous avait ravi en juillet 2004, à l’Auberge de la Vallée de Nanteau-sur-Lunain. Et le public ne faillit pas au souvenir ou à la réputation de la belle chanteuse née à Wichita, dans le Kansas, et qui eut ses premiers succès sur la West Coast.
Aux côtés de Joan, un bon trio pour accompagner la diva, modifié par rapport aux prévisions, avec Olivier Hutman au clavier (remplaçant Stephan Colasante), Christian Duperray à la basse (remplaçant Raymond Doumbé), et le fidèle Étienne Brachet à la batterie. Une formation en harmonie que les changements n’ont pas perturbé : ce sont des pros, qui se côtoient d’ailleurs dans d’autres groupes et se connaissent bien.
Et puis, il y a la voix de Joan, à la fois puissante et sensible, et sa présence sensuelle et vibrante, séductrice et brillante comme sa veste qui scintille sous les projecteurs, avec le corps qui swingue et une gestuelle expressive… S’il fallait personnifier le Jazz afro-américain vocal et le rhythm’n’blues, Joan est bien l’une de ses icônes. Le grand musicien et chanteur de blues B. B. King, classé en 2003 3e meilleur guitariste de tous les temps par le mensuel Rolling Stone, l’avait particulièrement saluée, lorsqu’elle avait sorti cette même année son album “Integrity Matters” : “I think Ms. Joan Minor has such a beautiful voice and I think this young lady sings about as beautiful as she is. Il you like light jazz with a good feel of tunes that we used to hear by the masters, you should hear this !”. Avec elle, il y a l’authenticité des racines, le talent et la couleur de l’évocation. Christian m’évoqua sa générosité, et on le croit volontiers, dans le contact chaleureux que la diva a avec les spectateurs, dans le partage d’émotions qu’elle offre, avec simplicité, charme et élégance… Son chant jazzy parle d’instants de vie, mais s’attarde aussi sur des messages d’amour, comme “Love surrounds us”, pour fêter la Saint Valentin, ou revisite à sa manière de grands standards comme “Autumn leaves”, “Caravan” ou “Summertimes”. Que du plaisir partagé ! Car, lors du second set, elle rajouta trois titres, ce qui ne supprima pas un bis mérité.
Une soirée pleine de chaleur, donc. Et les fleurs offertes par la jeune Morgane furent des plus méritées.


COULOMMIERS BIG BAND ORCHESTRA 13 mars 2010

Il était bien difficile de trouver une place pour garer sa voiture, ce samedi 13 mars, sinon assez loin du parking de la Salle Sainte-Anne, en bordure de champ… Il est vrai aussi qu’au programme de la Cave du Jazz, pas moins de 19 musiciens, en plus de leur chef, étaient présents, représentant le Coulommiers Big Band Orchestra.
Salle comble, donc, au moins 150 personnes, pour venir écouter – et applaudir - cet orchestre hors normes, à l’image des grandes formations de jazz des années 30 à 60, celui-là composé essentiellement de soufflants (trompette, trombone et saxes), de deux guitares et d’une batterie.
Une structure puissante, pour évoquer l’ambiance colorée de cette époque, au travers du   swing et du blues, propre à faire véritablement vibrer l’atmosphère, hors les soli appelés par un chef d’orchestre qui vit corps et âme sa musique, tel un boxeur sur le ring. De dos, la vision est bien celle-là et les uppercuts rythment le spectacle, aux gré des instruments visés, notre homme, Alain Gioeni, reprenant quelque peu son souffle lors de ballades qui, çà et là, tempèrent - un peu - l’évocation musicale… Tout cela est très physique, tant pour les musiciens que pour le public (sans oublier la scène qui subira même quelques dommages matériels), mais les grands d’hier ne renieraient sans doute pas le style : les Glenn Miller, Miles Davis, Count Basie, Erroll Garner, Benny Goodman, Duke Ellington ou John Coltrane, pour n’en citer que quelques uns, ni Dean Martin ou Frank Sinatra, puisque le Band avait son propre “crooner”.
Une soirée de standards, accru de deux bis, qui laissera des traces dans les esprits, le retour ayant peut-être la rémanence de chants comme “Fly me to the Moon”.


YAPA QUARTET

Des “Chroniques d’Endoo” à “Pariwaga”, le groupe a beaucoup voyagé, en quête de sensations et d’émotions, bivouaquant ici dans la savane africaine, là sur une prairie en bordure d’un lac des Balkans… Mais c’est ailleurs, peut-être dans leur hâvre de Vincelles, un petit village en Bourgogne, que la composition musicale s’élabore, que son titre va se préciser, souvent spontané… comme l’architecture de la mélodie, qui va s’enrichir peu à peu, donner voix aux instruments, composer le tableau… Yapa Quartet, c’est le talent et la complicité d’artistes aux origines musicales diverses mais dont ils ont réussi la fusion. Là est l’originalité du groupe, son aptitude à la découverte de l’ailleurs et son ouverture aux rencontres qui vont nourrir son imaginaire et sa recherche d’amitiés. Pour exprimer la richesse du ressenti et le partager, les guitares inspirées de Fabrice Bourguignat, de Simon Chenet et de Christophe Combet, et les percussions colorées de Xavier Hamon, qui offrit entre autres un superbe solo… La soirée à la Cave du Jazz était donc une invitation au voyage avec des compagnons de choix. Mais ne croyez pas découvrir à leur suite des paysages typiquement burkanabés et balkaniques : le voyage vous entraîne au “Yapaland”, une terre métissée et onirique parcourue de vents nomades qui portent la musique, toute une palette de sonorités chantantes qui expriment une harmonie complexe. La musique de ces jeunes musiciens, descriptive ou évocatrice, est à l’image d'une peinture, toute de vibrations. Elle laissera des images pérennes dans les esprits. On aurait aimé pouvoir la vivre autour d’un grand feu de bivouac , “From dusk till dawn”, - pour reprendre l’un des titres joués -, du crépuscule à l’aube. Mais à la salle Sainte-Anne de Lorrez, c’était déjà bien.

 


OLIVIER FRANC QUARTET

Dès les premiers instants du spectacle de la Cave du Jazz , ils sont trois à occuper la scène sous les projecteurs : Jean-Baptiste Franc, au piano, Benoît de Flamesnil, au trombone, Benoît Torres, à la contrebasse. Dès les premières notes, l’ambiance new-orleans est esquissée, le décors est planté. Et puis, sorti de la pénombre de la salle et entrant dans la lumière, le timbre chaleureux d’un saxo soprano, tout étincelant de reflets dorés, chargé d’histoire et d’émotions, le propre instrument de Sidney Bechet, aux lèvres peut-être du père de Jean-Baptiste, mais comment en être vraiment certain : car Olivier Franc, c’est un visage qui a une rondeur à la Sidney, un regard qui roule des yeux à la Sidney, du talent comme Sidney, et une interprétation qui a la même couleur et la même inspiration… Il suffit de fermer les yeux un seul instant pour se dire, tant l’osmose est forte : ce n’est pas Olivier qui est devant nous, c’est Sidney lui-même. Et cette soirée en hommage au grand jazzman aura sa flamboyance, dans l’interprétation de mélodies au phrasé lyrique et aux envolées romantiques qui nous enchantèrent dans notre jeunesse… “Petite Fleur”, “In a sentimental mood”, de Duke Ellington, “Sumertime”, de George Gerswin, “The song of the songs”, de Vaucaire et Moya, étaient au programme, mais aussi d’autres compositions moins connues, et puis deux, qui furent offertes lors des demandes de bis, tout à fait inconnues car découvertes récemment par Daniel Bechet, le fils de Sidney : “Sweet Luisiana” et “I’ll be proud of you, I’ll be proud of me”. Une soirée donc de ravissement, dont il ne faut pas écarter le trio accompagnant Olivier, et dont chacun eut des temps d’expression révélateurs de la maîtrise de son instrument et de son talent : un piano inspiré, qui passe allègrement d’un toucher d’une délicate douceur à une effervescence très “stride”, avec des compositions personnelles de Jean-Baptiste ; une contrebasse qui a un jeu mélodique subtil, et un trombone maîtrisé à la perfection, qui offrit des soli tout à fait remarquables. Une soirée donc qui restera dans la mémoire, et pas seulement dans celle des fans de Sidney Bechet.


Alexis Tcholakian


DAVID GASTINE QUARTET – 18/09/10

Soirée de rentrée marquante, pour la Cave du Jazz. D’abord à cause d’un changement de programme, Aurore Quartet ayant déclaré – pour la seconde fois – forfait. À n’en point douter, l’invitation ne se fera pas une autre fois : jamais 2 sans 3, dit-on souvent ! Ensuite en raison du groupe qui prit le relais, le David Gastine Quartet, dont nous connaissions le talent de chacun des musiciens dans le jazz manouche, et dont nous n’imaginions pas qu’ils nous offriraient un spectacle un peu en marge de ce que nous attendions, mais tout à fait original. En effet, le guitariste et crowner du jazz manouche, David Gastine, nous proposa des chansons d’horizons très divers, de la complainte sentimentale à la bosa nova, des musiques et des textes marqués d’empreintes de personnalités telles que Django Reinhardt, bien sûr, mais aussi de George Gershwin, de Vinitius de Moraes, de de Charlie Chaplin, Charles Trenet, de Sacha Distel, de Charles Aznavour, de Kosma et Prévert, et de bien d’autres… pour terminer sur “Bella Ciao”, ce chant revendicatif né dans les rizières piémontaises, et adopté dans bien des situations contestatrices. Un chant de saison, me direz-vous ! Et la couleur manouche, dans tout cela ? Eh bien, on la doit aux partenaires de ce quartet dont c’était à Lorrez-le-Bocage la première prestation sur scène. Alors chapeau pour ces musiciens, jeunes de surcroît, en parfaite maîtrise de leurs instruments, et qui donnaient l’impression d’avoir toujours travaillé ensemble ! À la guitare solo, Richard Manetti, le fils de Romane, tout aussi habité que son père, artiste virtuose qui donne ici véritablement le ton manouche. Mais il n’est pas le seul, car au violon, il y a Fiona Monbet, artiste sensible qui passe de la délicatesse à la flamboyance avec une aisance remarquable, et dont on peut regretter qu’elle ne soit pas plus présente dans l’accompagnement : l’osmose du chant des cordes, au médiator et à l’archet, est parfaite. Et puis il y a Claudius Dupont à la contrebasse, efficace pour marquer la rythmique ou accompagner les temps de pompes de guitare. Une soirée brillante, marquée aussi, sous la “Blue Moon”, par quelques “Nuages” qui passent, “Les Feuilles mortes” qui tombent, et une question peut-être : “Que reste-t-il de nos amours” ? L’automne est là. “Bella Ciao” !

 


FIDGETY FEET JAZZ BAND – 20/11/10

C’est au Fidgety Feet Jazz Band que Jazzy 77 confia sa 150e soirée. Que le temps passe vite ! L’idée de proposer des concerts de jazz dans notre région avait germé en 1996, pour être officialisée l’année suivante, soit près de 14 années d’existence et le sentiment d’avoir été  localement des précurseurs en la matière. Cela avait débuté, à la Cave du Jazz, alors située à l’Auberge de la Vallée de Nanteau-sur-Lunain, par du jazz New Orleans, avec le bien connu Salamander’s Jazz Band, de Fontainebleau. Cette soirée du 20 novembre que nous avons vécu renouait avec nos premières émotions jazzistiques en nous replongeant dans ce jazz coloré des rives du Mississippi, celui des origines et de la liberté. Pour ce faire, un sextet brillant, que nous connaissions bien, mais cette fois en l’absence de son fondateur et leader, le trompettiste Jean-Marie Hurel, en voyage à l’étranger, et du tromboniste Christophe Derret, des pros, bien sûr, mais remplacés par des musiciens qui n’avaient rien à leur envier. Au final, ce voyage en Louisiane fut brillant, conduit par le remplaçant Michel Bonnet à la trompette, un expert de la sourdine, leader du groupe Pink Turtle ; Frank Warscotte, au saxe ténor et à la clarinette ; Olivier Bœuf – le second remplaçant -, au trombone ; Laurent Souques à la contrebasse ; Émilien Legendre à la batterie et aux drums. Et bien sûr, comment l’oublier, Bob Garcia au banjo. Rappelons que Bob est aussi écrivain : s’il marqua la soirée par des interventions toutes teintées d’humour - c’est sa marque - il faut ajouter qu’il fut l’acteur principal d’une farce - dramatique au demeurant pour lui -, d’une fable intitulée “le pot de terre contre le pot de fer” : tintinophile, passionné par Hergé, il fit les frais d’un difficile et coûteux procès avec la société Moulinsart, désormais bien connue pour l’attaque systématique - et le profit à en tirer - envers quiconque ose mettre le pied sur la planète Tintin, même s’il s’agit, comme ici, de quelques petites vignettes empruntées pour illustrer des écrits qui, en vérité, participent à la promotion du grand dessinateur… Heureusement la musique est là pour estomper la noirceur du monde. Et ce fut, pour le public venu nombreux, un concert chaleureux, avec des soli qui mirent en évidence le talent de chacun, puisant dans un répertoire original, car hors des standards habituels. Pour ce 150e concert, les Fidgety Feet offrirent un beau cadeau à la Cave, avec un défilé des soufflants dans la salle, au terme de trois sets qui se terminèrent tard dans la soirée sous des rappels mérités.


RAPHAËL FAŸS – 04/12/10

Cette soirée hivernale du 4 décembre, par des routes imprégnées de frimas et qui portaient encore la marque des débordements de neige des jours passés, nous conduisait cette fois à la salle des fêtes d’Égreville, où la Cave du Jazz de Lorrez s’était transportée, pour un partenariat avec l’association ÉCLAT. Au programme, l’un des grands spécialistes aujourd’hui du flamenco : Raphaël Fays. Nous le connaissions pour sa passion pour Django Reinhardt et le jazz manouche, pour sa fascination pour la guitare classique ibérique, au travers de musiciens tels Fernando Sor, Andres Segovia ou Paco de Lucia, pour n’en citer que quelques-uns, mais aussi dans son attirance pour la musique flamenca. Interprète et surtout compositeur, Raphaël est un musicien exigeant qui allie avec bonheur, au travers de sa technique particulière de jeu au médiator, rigueur, sensibilité et agilité. On le relie souvent à des musiciens comme Ramon Montoya ou Augustín Castellòn Campos, dit Sabicas, que l’on dit ses maîtres. Et la démonstration fut parfaite lorsque les projecteurs se focalisèrent d’entrée sur l’artiste, émergeant dans la lumière sur un fond sombre, dans la sobriété d’une ambiance noire et blanche, avec, comme belle touche de couleur, la face orangée de sa guitare flamenca : ce fut par une improvisation en mi mineur, qu’il donna une fois de plus la mesure de la maîtrise de son instrument et de son talent, et au travers des fandango, buléria, alegria et rumba qui suivirent… Puis, ce fut la Hija de la arena, “la fille des sables”, avec l’apparition superbe et altière de Raquel Gomez, toute de noir vêtue, qui, pour rompre l’austérité de l’ébène, avait placé une fleur d’étoffe rouge dans les cheveux : une danseuse qui vibre dans la musique, dominatrice comme on en rencontre dans les bodegas sévillanes, claquettes et gestuelle en illustration parfaite de la musique,… Et tout cela en magnifique prologue à l’entrée des musiciens qui accompagnent le maître : Laurent Zeller, au violon ; Tito, à la guitare flamenca ; Claude Mouton, à la contrebasse électrique. Manquait José Palomo, le percussionniste, victime d’une chute et empêché d’être là par un bras cassé. Le spectacle prit alors toute son ampleur, chaleureux, tous en parfaite symbiose et avec l’élégance d’un Raphaël qui sait s’effacer pour laisser ses compagnons s’exprimer… Et cela ajoute des moments de grâce à la beauté, lorsque l’archet caresse les cordes du violon ou celles de la contrebasse, et tempère la nervosité subtile des guitares. Le quartet fait corps, les cordes s’accompagnent ou se répondent, et lorsque les instruments chantent Andalucia, la belle Raquel, dans le mouvement froufroutant de sa robe, incarne une fois encore l’âme andalouse… La froidure est oubliée. La Luna del Fuego a transporté le public quelque part dans les terres de Séville ou de Grenade, et c’est tant pis pour ceux qui n’ont pas osé affronter les routes, pourtant alors dégagées du Sud Seine & Marne, et n’ont pas honoré leurs réservations… Celui spectateur conservera sans nul doute le souvenir d’une Douce ambiance (un clin d’œil à Django), qui précéda un long rappel, mais finalement d’une grande soirée, voire d’un événement rare en notre région…