Le billet de Clairis 2011

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OLD FASHION JAZZ BAND - 22 janvier 2011

Nouvelle soirée hivernale sur les routes qui mènent à Lorrez-le-Bocage, où la neige menace et où la morosité imprègne les esprits, exacerbée par les échéances électorales prochaines ou à venir… Seul antidote efficace, la Cave du Jazz ! Et le public vint nombreux pour rencontrer le Old Fashion Jazz Band, bien connu pour certains et gage de bonne humeur, puisque le groupe avait animé deux soirées de la Cave, l’une en mars 2006 - avec au piano le regretté Patrick Richard - et l’autre en mars 2008. Un sextet homogène et talentueux, vibrant d’une chaleur New-Orleans communicative. Avec Pierre Lemaistre, le leader, à la trompette ; Henri Gioanni, aux clarinettes et au saxo soprano ; Yves Gioanni, au trombone ; Philippe Ormancey, au banjo et à la guitare, mais aussi au vocal ; Philippe Forestier, à la contrebasse  et Pierre Patrigeon à la batterie. On sent que ceux-là ont dû parcourir un jour les routes de Louisiane pour si bien emmagasiner la sensualité de ces musiques colorées qui prennent tout leur sens et leur force dans le partage des émotions. La présence scénique du groupe participe à l’échange, ajoutant à l’humour un jeu instrumental à l’unisson de sa capacité, en formation ou au travers de soli inspirés, - où les sourdines modulent les effets des soufflants -, à exprimer brillamment la vitalité de cette musique de liberté. La rencontre de l’amour et du jazz, comme le dit si bien Pierre, qui présente avec humour chaque morceaux : “Le Jazz est toujours une histoire d’amour”, affirme-t-il. D’ailleurs nombre de thèmes seront des hommages : à George Brassens, un clin d'œil au travers d'une jolie composition de Philippe Forestier, Vite Fait ; à Sidney Bechet, avec une interprétation magistrale de Blues in the air avec Henri Gioanni ; à Claude Luter, avec Creole Jazz  mâtiné de biguine ; à Louis Armstrong, au travers de A kiss to build a dream on ou de When you’re smiling, portés par la voix du facétieux Philippe Ormancey,et la dédicace de C’est si bon, où le trompettiste précisa, entre autres : ”C’est si bon d’être… à la Cave du Jazz”.. Donc, une ambiance chaleureuse à laquelle le public conquis participa, non seulement par les applaudissements, mais aussi par le battement des mains, assortis de vocalises et d’onomatopées en dialogue avec les musiciens… Et on n’oubliera pas le traditionnel Just a closer walk with thee que le groupe dédia à Patrick Richard, dans son dernier album “Old fashion again". Une soirée de bien-être, qui se termina sur un long bis.


CLARINET CONNECTION - 12 février 2011

Pour ancrer un peu plus la saison dans ce jazz qui plait tant, celui de la Nouvelle Orléans et du Swing, Jazzy 77 avait fait appel à une valeur sûre, et originale puisque basée sur la formule du duo de clarinettes, - le Clarinet Connection Quintet -, plusieurs fois applaudis à la Cave du Jazz, en octobre 2001, en mars 2004 et en février 2007. Au programme donc, les deux spécialistes de l'anche : Michel Mardiguian et Jacques Montebruno, soutenus par la rythmique souple et légère d'une contrebasse, avec Claude Quibel, et de la batterie, avec Philippe Merville, et accompagnés à la guitare en rythme ou en chant par “MAM”, l'autre, celle-là même qui nous avait ravit en octobre 2004, à la tête de son propre Quartet, Marie-Ange Martin, et qui remplace Laurent Bajata. Donc une formation de choc et d'expérience (on ne compte plus ses prestations dans les clubs et les festivals de France et d'ailleurs, avec des récompenses de prestige, comme celle du Hot Club de France en 2004, acquises depuis la création du groupe en 1979). Ce qui explique la présence notable du public malgré une annonce dans la presse locale pour une fois inexistante. Cela dit, nous avions gardé ce souvenir, qui remonte à une dizaine d'années, d'un jeu flamboyant des soufflants, leurs voix harmonisées en unisson ou s'entrelaçant en contrechants. C'est la marque de leur expression, légèrement assagie peut-être, mais dont la magie opère toujours dès les premières mesures, avec en plus l'ouverture sur des soli de la rythmique, dans un ensemble en parfaite osmose musicale. Un répertoire sous l'inspiration de Sidney Bechet, de Fats Waller ou de Tony Parker, avec des morceaux parfois marqués de rareté, car peu joués, et des interprétations proches de celles d'un petit "jazz band" à l'image des grands de Glenn Miller ou de Benny Goodman… Au final, un bonheur d'écoute, sous les sonorités chaudes et veloutées des clarinettes, douces ou enlevées, sous le jeu mélodique et chantant des cordes, entre guitare et contrebasse, et sous la pulsation d'une batterie qui module avec finesse les effets, tout cela au service de mélodies empreintes de fluidité, un peu à l'image de l'eau sauvage d'une rivière qui se glisse et se faufile dans les reliefs variés de son lit. Un jeu où chaque intervention est accueillie par les applaudissements. Il fallut, après l'interprétation du dernier morceau Nagazaki, celui fétiche du groupe, deux rappels, avec As long as I live et Louisiana, pour terminer cette soirée bien agréable, qui proposa, c'est à noter, quelques instants atypiques, ainsi lorsque Claude utilisa un cintre de portemanteau pour animer les cordes de sa contrebasse. Et enfin signalons que l'éclairage scénique fut, comme la fois précédente, assuré par le jeune Cyrillus Nottin, 13 ans, déjà très professionnel.


T.D. BIG BAND - 19 mars 2011

Pour inaugurer le printemps, la Cave du Jazz s'est transformée en scène de concert ! L'alignement des pupitres, masquant vraisemblablement une floraison de fils, en atteste. C'est que Jazzy 77 accueillait le T.D. Big Band, groupe local international basé à Veneux-les-Sablons, et dirigé par le trompettiste Jean-Claude Maximovitch. Pas moins de treize soufflants avec, en dehors du chef, les trompettes de Daniel Barbedette et Bruno Chatelain, les bugles de Jean-Claude Maximovitch et Vincent Mourot, les trombones de Jean-Claude Bron, Antoine Felletin et Jan Van der Lee, les saxophones alto d'Annie Bron et Bernard Maréchal, les saxophones ténor de Jacky Bordes et Patrice Couteau, le saxophone baryton de Bernard Szlachetka, accompagnés du piano de Daniel Blay, de la guitare d'Aldo Saccavino, de la contrebasse de Jay Elfenbein et de la batterie de Jean-Pierre Covolo. Dès les premiers morceaux, le ton est donné : celui des sonorités et couleurs des années 40, de ces grandes formations américaines qui enchantèrent longtemps notre jeunesse, invitant d'ailleurs plus à la danse qu'à la simple écoute. Avec au programme, des titres ou "brillent" les ombres de Louis Armstrong, Duke Ellington ou Quincy Jones, en passant par Nougaro, Tito Puento et Louis Prima. Dans cet esprit, le challenge de la comparaison était redoutable, mais la formation s'en est sortie avec les honneurs et, de surcroît, au travers d'une apparente autonomie, car sans la direction visible du chef. Le concert est rodé, et cela fonctionne à merveille, avec des arrangements bien construits où les soli donnent la mesure du talent de chacun. Au second set, la chanteuse Andrée Pages, bien connue pour son admiration pour Cole Porter, Frank Moesser, Jobim et Thelonius Monk, ajouta sa voix à des mélodies marquées de blues et de swing. Donc, une très belle soirée, avec des morceaux dont certains ne vieillissent pas, comme Autumn leaves ou encore le fameux What a wonderful world, même si cela peut paraître bien anachronique en la période que nous vivons. Mais ce dernier arrangement interpella l'un des spectateurs, le jeune Nils Raymond, qui demanda qu'on le rejoue, proposant de substituer sa voix à celle du grand Louis. Cela nous rappela la présence d'un jeune accordéoniste de 10 ans, qui avait joué à la Cave avec Raymond Sopa, en avril 2004 : et c'était lui, sept ans après, toujours aussi doué ! Ce fut donc un prélude original et sympathique avant le long bis qui clôtura la soirée.


OPUS 4 - 23 avril 2011

Sur la placette de la Salle Sainte-Anne, à l'entrée de la Cave du jazz, des tables et des chaises attendaient le public, pour lui faire mieux goûter de la douceur de la belle soirée pascale qui s'annonçait, et attendre dans une brise toute de tiédeur le moment du départ sur les chemins bohèmes d'une musique aux accents slaves et tsiganes ou manouches. Et quoi de mieux pour nous guider que l'Opus 4 Quartet et ses musiciens, de vieux compagnons de route que Jazzy 77 avait accueillis en juin 2004 à Nanteau-sur-Lunain et en novembre 2008 à Lorrez-le-Bocage. Sur scène donc, des voix connues et des visages amis, avec, sous la conduite de Serge Camps à la guitare rythmique : Piotr Sapieja au violon, Pierre Procoudine-Gorsky à la guitare et Bruno Ossola à la contrebasse. Des maîtres de la corde ! Une promesse de flamboyances musicales qui, après un prologue vocal empreint de douceur, éclate et vous submerge, vous transportant bien loin au cœur de paysages et de mélodies qui chantent dans les cœurs… mais surtout l'air vibre littéralement sous les fréquences nomades où l'archet de Piotr fait merveille, joue avec les effets, trop peut-être car au détriment de la sensibilité, mais c'est festif, et quelques couples dans la salle, de temps à autre, cèdent à la danse, tandis que les spectateurs scandent les rythmes en accélération de battements de mains…
La pause traditionnelle permettra à chacun de reprendre son souffle, à l'extérieur, sous la lumière des globes jaunes des lampadaires, en dégustant quelques boissons… En face de la salle Sainte-Anne, de l'autre côté du parking, l'église et son clocher offrent un beau décor, à la fois apaisant et vivant, au travers de ses vitraux éclairés de l'intérieur… Parfois, un éclat de lumière puissant et silencieux sort la façade du clair-obscur, comme si Opus IV avait déclenché quelque part au loin un orage.
La seconde partie sera à l'image de la première, débridée, au travers du jeu frénétique des cordes, du timbre chaleureux des paroles ou des scatts enlevés. Au final, un voyage plein de saveurs traditionnelles, éclectique aussi puisque nous ayant fait croiser les silhouettes de Distel, Bécaud ou encore Gainsbourg, sur des routes parcourues par les Nuages de Django.
Au dehors, beaucoup plus tard, sur le chemin du retour, la route s'était embrasée des éclairs d'un orage spectaculaire. Était-ce dû à la force d'Opus 4 ?


JOËL BOUQUET QUARTET - 21mai 2011

La soirée était de nouveau porteuse d'orage ce samedi d'avril, mais le public vint au rendez-vous à la Cave du Jazz, pour la découverte du Joël Bouquet Quartet. Il est vrai que la qualité des musiciens, avec pour chacun un palmarès élogieux, était la promesse d'une soirée où le jazz planerait sur l'un des sommets de l'improvisation. Lorsque l'on apprit, en cours de concert, que bien qu'ils se connaissent depuis longtemps, c'était la première fois qu'ils jouaient ensemble, on comprit qu'on vivait là le grand miracle du jazz, lorsque le talent le sublime. Sur la scène, Sylvain Sourdeix aux saxophones ; Joël Bouquet - le leader -, au clavier ; Claude Mouton à la contrebasse électronique et Thierry Tardieu, à la batterie. “Take the train” fut le premier morceau interprété, véritable invitation au voyage musical, en compagnie de d'”Orphéo Negro“ et de “La Javanaise”, préludes à “Summertime”, mais au travers de paysages bien nouveaux… Car il est bien difficile de décrire les sensations que l'on peut éprouver devant une expression qui n'est pas seulement celle de musiciens habités par leur musique, mais d'artistes qui, sur le fil d'une mélodie comme il en serait d'un thème pictural, savent s'en extraire et exprimer toute une foule d'émotions, proposées au partage, comme il en est de leur plaisir de jouer. Des interprétations personnalisées dans les soli, chaque fois très personnelles mais toujours en osmose avec le groupe, parfois exercices de style, toujours brillants, originaux, qui ont la flamboyance de l'art contemporain, le vrai, le sincère. Une peinture musicale d'aujourd'hui, donc, "non-figurative", qui jongle avec l'abstraction, et laisse place à chacun pour ressentir, selon son propre imaginaire et sa propre sensibilité, toute une foule de sensations. Chaque paysage est brossé aux traits d'arabesques suggestives des instruments et aux couleurs de touches fortes ou subtiles. Tout un jeu dans la palette chromatique qui égare l'espace d'un instant, mais pour toujours retrouver le lien du standard qui est l'argument de l'étape. Le public, pourtant plus habitué à des interprétations classiques, apprécia, un bis final étant réclamé à grand renfort d'applaudissements.


LES PETITE VIES - 25 juin 2011

La Cave du jazz, oubliant sa vocation "jazzy" pour la première partie de son dernier spectacle, avant les vacances estivales, retrouvait son essence germanopratine, - celle des petites caves parisiennes de la rive gauche - où se produisirent des artistes, pour ne parler que des femmes, comme Lys Gauty, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire…
Point d'artifice sur scène : une chanteuse en robe noire, Marie-Laure Gasnier, et son pianiste – et parfois guitariste -, Sébastien Ménard, accompagnateur sensible. Et de belles mélodies pour porter de vrais textes ; des textes réalistes -  souvent dans l'esprit d'un Gaston Couté, au tout début du siècle précédent - qui collent aux choses de la vie, qui évoquent l'existence que chacun peut avoir, avec ses petits bonheurs et ses chagrins, ses grandes joies et ses révoltes mesurées. C'est joliment écrit, avec légèreté et humour, et superbement interprété par Marie-Laure (auteur de plusieurs textes), avec une voix qu'elle nuance à ravir et une gestuelle du corps très fluide. On adhère inévitablement au spectacle, pour en partager l'humeur, au travers d'une interprétation très originale et très personnelle, mais aussi qui apparaît un peu à l'ancienne : et c'est à partir de là que se construit beaucoup du charme, au souvenir d'une époque où le chant n'avait pas besoin de la dynamique de danseurs gesticulants ou d'effets de lumières et de couleurs pour séduire. Et puis, Marie-Laure sait aussi créer l'intimité, lorsqu'elle veut susurrer un chant qui tient de la complainte, quittant la scène avec sa guitare et s'invitant au plus près du public.
Il faut dire que “Les petites vies” sont le fruit d'une association dite Les Écrivants Chanteurs (www.ecrivantschanteurs.com), où des amoureux du verbe et des notes se rencontrent, échangent, élaborent les chansons, dans des stages ou pour un spectacle que met ensuite en scène Corinne Grémaud. Comment ne pas conclure en citant cette phrase d'un membre de l'association, l'auteur-compositeur Chantal Grimm : “L'enchantement naturel dans l'écriture et dans la musique, voilà ce que nous proposons de transmettre par contagion collective”. Ce fut le cas à La Cave du Jazz.

YZEM SEXTET - 25 juin 2011

En seconde partie de soirée, Jazzy 77 accusait le contraste, en accueillant un sextet plus habitué aux grandes scènes qu'à l'ambiance plus feutrée d'une Cave. On les présenta comme un groupe amateur, mais le qualificatif fut vite oublié, devant le jeu brillant, riche d'improvisations et toujours en osmose de ces six musiciens imprégnés et passionnés de jazz, mais dont on devine des sensibilités originelles variées qui les rattachent au rock ou à diverses musiques du monde. Il y a là Loïc Cavalier et Julien Bulté, à la guitare ; Thierry Dubois, au bugle ; Philippe Dubois, au sax ténor ; Joël Postel, à la contrebasse, et Bruno Legouyen, à la batterie. Une équipe de choc pour un jazz énergique, où les sonorités des cordes, des cuivres et des percussions se conjuguent ou éclatent, se répondent et rythment de leur pulsation, emplissant l'atmosphère de vibrations qui expriment un univers foisonnant qui s'inscrit dans le jazz actuel, que certains diront même groove, se référant à quelques titres émanant du guitariste John Scofield ou encore du saxophoniste Julien Lourau… Bien sûr, des standards comme “Caravan” ou “Beautiful Love” apportent une vision très ouverte, sur la capacité du groupe à satisfaire tous les amoureux du Jazz, du passé ou d'aujourd'hui, mais au travers d'une liberté d'interprétation très forte.
Notons, pour le bis de l'après minuit, l'interprétation très suggestive de “The Chicken”, celui du célèbre et excentrique bassiste Jaco Pastorius, qui semble vous plonger au cœur d'une basse-cour.

Une fin de saison pour La Cave du Jazz, avec un “Libre cours” qui restera dans les esprits du public qui a choisi Lorrez-le-Bocage comme prélude à ses vacances.


CALLIGARIS TRIO - 17 septembre 2011

Pour la huitième fois depuis sa création, la Cave du Jazz accueillait, en cette soirée de rentrée du 17 septembre, le grand Calligaris, - le roi du piano "stride" -. On l'aime bien, Pierre, avec sa simplicité et sa décontraction, avec sa virtuosité, et surtout son sens du jazz pour lequel son doigté fluide et véloce fait merveille… Un musicien qui sait s'entourer de talents, comme celui de son fils, Robin, dont la rythmique est à la fois sensibilité et richesse, et ceux de grands du jazz, puisque nous l'avons entendu à la Cave avec des artistes comme Philippe de Pressac, Maxime Saury ou Marcel Zanini… Ce soir, le compère des agapes jazzistiques était Stéphane Guerault, à la clarinette et au vocal. Lui aussi est une personnalité hors norme, qui a joué avec les plus grands, de Richard Bennet à Bill Coleman, en passant par Armand Gordon… Il a du métier, le bougre, et une présence de tous les instants, menant le jeu, construisant le programme selon son inspiration du moment, se partageant entre musique et chant, avec une voix aux accents parfois rocailleux, style Armstrong et des mimiques qui rappellent le grand Louis. Il faut le voir, aller de l'un à l'autre, la mine joviale, pour jouer avec chacun en duo ou ouvrir un solo, du côté de Pierre ou Robin, bien sûr, mais aussi des autres du groupe, car le trio se présenta lors du premier set en quartet, avec François-Xavier Coffre, efficace contrebassiste, et se transforma au cours du deuxième set en quintet, avec Michel Duverger, qui avait troqué sa clarinette pour un banjo. Tous deux des anciens du fameux Salamander's Jazz Band bellifontain. Ce qui est extraordinaire, avec ces artistes, c'est qu'ils possèdent en eux l'essence du jazz et la parfaite maîtrise de standards qu'ils vivent depuis des années. Ils se connaissent, bien sûr, plus ou moins, pour avoir participé ou assisté à des concerts des uns et des autres, mais ne se fréquentent pas dans un groupe qui va affiner pour la représentation chaque morceau avec des répétitions. Là, comme ce soir, tout est improvisation, dans le jeu inventif et dans le choix des titres. Et c'est l'osmose la plus complète, chacun étant, sans qu'il n'y paraisse, à l'écoute de l'autre, intervenant à l'instant opportun, prenant le relais ou s'effaçant, pour terminer collégialement chaque morceau d'une manière parfaite, sans bavure… L'un des standards, - qu' Ella Fidgerald avait à son répertoire -, fut : “It ain't what you do, it's the way that you do it... C'est-à-dire : “Ce n'est pas ce que vous faites, mais la manière dont vous le faites…” Et là, la manière fut parfaite ! Du grand art, donc, qui nous a replongé durant près de trois heures (pause incluse) dans une ambiance swing qui séduisit un public venu plus nombreux que prévu.


KAMLO BARRÉ QUARTET - 15 octobre 2011

De nouveaux sièges confortables, rouges et noirs, en harmonie avec le rideau de scène, donnaient un air de véritable salle de spectacle à la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage, en cette soirée du samedi 15 octobre 2011. Avec en plus au programme des musiciens de choix pour exprimer l'âme manouche, le Kamlo Barré quartet, qu'attendait un public venu particulièrement nombreux, pour écouter des variations nomades, en vibrations de cordes expertes. Autour de Pierre Kamlo Barré, à la guitare solo, Adrien Marco, à la guitare rythmique et solo, Mathieu Chatelain, à la guitare rythmique, et Claude Mouton, à la contrebasse électronique, sous le doigté ou l'archet. En mars 2007, le quartet comprenait un vibraphone, remplacé ce soir par la guitare d'Adrien. Il faut le signaler, celui-ci est le plus jeune de l'équipe et, dixit Kamlo en cours de concert, “un guitariste d'une autre génération, plein de talent et d'avenir” : point n'était besoin de le souligner, il fut tout à fait remarquable et brillant, un manouche en pleine conscience de ses moyens, qui surpasse les difficultés techniques de son jeu par une impression de facilité bluffante… Et le grand plaisir de l'écoute vient aussi du métier et de la grande cohérence du groupe, mais aussi, hors la pompe parfaite de Mathieu, des soli superbes que chacun propose tour à tour tandis que les autres rythment la mélodie. Et les notes de fuser, de se poursuivre, d'interférer, chantantes et inspirées. C'est une musique qui se boit, comme un vin de Champagne, et où les notes pétillent comme des bulles, légères et aériennes. Il y a de l'ivresse à les écouter, ces musiciens du voyage. Leur musique est autant visuelle que sonore. Il faut voir les doigts agiles courir sur les cordes pour y faire jaillir émotion sur émotion. C'est là une musique du partage, qui laisse sous le charme et où la rythmique symbolise les battements du cœur. Sous les applaudissements insistants, “Minor Swing” du grand Django, clôturera une soirée qui restera longtemps, je le suppose, dans les mémoires.


DIXIRELLA'S BAND - 19 novembre 2011

La première idée est d'évoquer les Charlie's Angels, qui animèrent une série télévisée dans les années soixante-dix, des Drôles de dames qui auraient troqué leurs plaques de détective pour des instruments de musique. Elles étaient trois, elles sont quatre, comme les Trois Mousquetaires !!!
Ce soir frileux du 19 novembre 2011, à la Cave du Jazz, notre John Bosley avait nom de Serge Billon, qui présenta non pas tant les filles, que la nouvelle équipe qui prenait en main Jazzy 77, le président Alain Bois ayant passé la main, pour des raisons professionnelles, à sa programmatrice Thérèse Petitprez, élue en AG.
Après les présentations, les drôles de dames du Dixirella's Band, purent alors investir la scène : Tullia Morand, au saxophone, Martine Degioanni, au trombone, Marie-Paule Cournet, au banjo tenor, et Alexandra Lanciaux, à la contrebasse. Et le ton fut donné dès les premières notes, nous transportant dans l'ambiance dixieland, brossée par les arabesques et les dialogues de cuivres rythmés par des cordes complices.
Un groupe bien équilibré, qui distille une musique fluide comme l'eau d'une rivière, et qui a, dans ses reflets et ses éclats, du sourire, du charme et de la séduction. Elles sont jeunes, mais jouent comme de vieux briscards, avec une grande maîtrise instrumentale et, bien sûr, du talent, que n'auraient pas reniés les musiciens qui ont interprétés et immortalisés leurs standards, pour n'en citer que quelques uns : Fats Waller, Duke Ellington, Louis Armstrong, ou les chanteuses Billie Holiday et Ella Fitzgerald… Sans oublier, de temps à autre, l'apport du chant, avec la voix grave et ample de Marie-Paule, comme dans "Ain't Misbehavin" ou "Ain't She Sweet", et les scatts de Alexandra, Martine  et Tullia.
Le plaisir de la soirée fut bien là, de se laisser porter à une agréable flânerie jazzie au cœur du grand Sud Nord-Américain, et cela même jusqu'aux Antilles, avec une biguine et un calypso à la sauce dixie. Plaisir ressenti et partagé par les musiciennes, car le groupe donna toute sa plénitude lors du second set, signe d'une parfaire libération et adéquation avec la salle, chacune d'elles offrant toute la mesure de son jeu virtuose, notamment au sax mais aussi au trombone, cet instrument des plus difficiles auquel l'apport de sourdines ne fut pas sans rappeler un certain Miles Davis. Une vingtaine de standards furent ainsi interprétés, et il fallut deux bis pour clore cette soirée enchanteresse. Merci les filles !


SWING CONNECTION - 3 décembre 2011

Pour ouvrir le concert que la Cave du Jazz donnait à Égreville, ce samedi 3 décembre, un hommage avait été donné en mémoire de la chanteuse Manda Djinn, disparue la semaine passée, et qui était la marraine de Jazzy 77. Un moment d'intense émotion, en particulier lorsque la voix de Manda, à capella, interpréta "Let's break bread together”, un chant de partage, dans un silence absolu.

Pour poursuivre la soirée, il fallait que le spectacle soit enchanteur, et ainsi compenser des tristesses ou des rudesses de la vie, des angoisses sociales et du crépuscule pluvieux. Et il fallait bien une formation comme la Pascal Perrin Swing Connection, en version quintet, apporter cela. C'était un besoin thérapeutique, ce soir-là. Mais comment évoquer ce groupe tant il est difficile d'apporter la moindre critique ou réserve dans leur prestation ? Autour de Pascal Perrin, le chef charismatique, à la clarinette et aux saxophones soprano et ténor, des compagnons de grande connivence, en osmose pour chanter le swing, pour évoquer la musique née à la Nouvelle Orleans : Benoît de Flamesnil, au trombone ; Frédéric Bonneau, à la contrebasse ; Bob Garcia, notre cher tintinophile et écrivain, au banjo et à la guitare ; Frank Mossler, à la batterie, au washboard et à la cravate (!). Sans oublier les voix des trois derniers. Ce fut du grand spectacle, et la mission des cinq mercenaires fut remplie : détendre l'atmosphère après la gravité du début. Mais il faut dire que le public égrevillois y donna de sa participation, et cela contribua de faire donner aux musiciens le meilleur d'eux-mêmes, sous une écoute ravie et des applaudissements nourris et fréquents. Il est vrai que dans la salle, il y avait aussi la présence en esprit de personnalités incontournables du jazz : Duke Ellington, Fats Waller, Count Bazy, Sidney Bechet, et bien sûr Louis Armstrong, quant à lui presque réel au travers de la voix de Frank Mossler. Quelle présence, ce Frank, magicien de la rythmique, capable de créer une mélodie de ses baguettes sur le manche du banjo animé par Bob ou de marquer le tempo sur n'importe quel objet rencontrés au hasard d'une incursion en salle ; et quelle voix, capable de vous entraîner sur un improbable chemin de Picardie bordé de roses, en compagnie de nombre de personnalités "people" du monde du spectacle, qu'il soit artistique ou politique ! De quoi éteindre toute morosité et éclairer une fin d'année pleine d'interrogations ! Du grand art qui n'éclipse pas l'excellence des autres : une clarinette et des saxes inspirés, un trombone brillant, une contrebasse chantante, un banjo endiablé… Des instruments qui portèrent haut des standards comme "Dans les rues d'Antibes", "Sweet Sue", "Summertimes", "Oh when the Saints" ou "Caravan". Que du bonheur donc dans cette dernière soirée 2011, à la fois grave et légère, mais vraiment festive, où le talent et l'humour se taillèrent la part du lion. Et cela se termina minuit passé. Merci messieurs, et même si vous n'êtes pas remboursé par la sécurité sociale, - comme l'annonça notre ami Serge, de la Cave du Jazz -, nous n'hésiterons pas à faire appel à votre traitement anti-morosité, une autre fois.