Le billet de Clairis 2013

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FIDGETY FEET JAZZ BAND – 26/01/13

Pour ses Vœux 2013, la Cave du Jazz avait fait, ce 26 Janvier, appel au Fidgety Feet Jazz Band, un groupe bien connu de Jazzy 77, dont on pouvait être certain qu'il allait combattre et effacer, le temps d'une soirée, la morosité ambiante, économique et sociale, et politique, sachant que des troupes françaises étaient aux prises avec le terrorisme intégriste en terre saharienne… Donc l'attente était grande d'oublier durant quelques heures tout cela. Et les "intégristes" du bon Jazz de Lorrez-le-Bocage, auraient pu dire, paraphrasant une grande devise anglaise "Honni soit qui Mali pense”, plein regard sur la Louisianne.

Et là, tout devient lumineux lorsqu'on accueille des musiciens comme ceux que conduit le trompettiste Jean-Marie Hurel, avec son talent bien connu, mais surtout cet esprit New Orleans qui est sa passion et l'habite véritablement. On sait que notre homme se ressource souvent en Louisiane, imprégné de ce jazz qui, du traditionnel des origines est devenu certes plus "contemporain", - comme il le reconnaît -, mais qui en a gardé l'essence et l'esprit. Jean-Marie, en plus de son jeu superbe, est un chef d'orchestre qui sait partager sa passion et dirige à merveille ses complices, tous grands professionnels du Jazz, les laissant s'exprimer dans de beaux soli qui mettent en relief leur talent et leur tempérament. Et de citer : Frank Warscotte et Philippe Dourneau, tous deux à la clarinette et aux saxophones ténor et alto, Bob Garcia au banjo, Laurent Souques à la contrebasse et Émilien Legendre à la batterie. Une équipe de choc, aux tee-shirts rouges au sigle de leur groupe, pour vous faire revivre cette ambiance de là-bas, "down the Mississippi river", et vous y transporter…

Et c'est vraiment un concert qui exprime la genèse de la musique New Orleans, avec une entrée en scène dans la salle, hors les lumières, comme lors du dernier morceau, le bien connu When the Saints, qui se fera dans un dernier tour de salle, avant une dernière présentation de chacun par le leader. Tout cela est rôdé, mais semble laisser place à une totale improvisation, devant un public ravi, qui n'aura pas vu le temps s'écouler, et qui constatera que minuit vient de passer.

Car si tous ces artistes sont excellents, il faut peut-être en citer un qui fut particulièrement étonnant : c'est Philippe Dourneau. Lorsqu'on le croise, c'est un personnage discret, presque trop sage. Mais sur scène, la métamorphose est extrême qui révèle un tempérament qu'on ne soupçonnait pas. Le musicien fait alors véritablement corps avec son instrument, clarinette ou saxe, surfant sur les rythmes et la mélodie, les parant d'improvisations originales, chantantes et invariablement surprenantes. Lorsqu'il joue, et que la lumière l'inonde, tous les regards ne peuvent que se focaliser sur lui, sur ses mouvements de corps et son jeu musical. Il apparaît tel un animal sauvage que seule la présence sereine du maître Jean-Marie saura dompter… Mais il ne faut pas s'y tromper, la maîtrise instrumentale et artistique de Philippe est grande, en parfaite osmose avec le jeu des autres, et l'on assistera à des échanges subtils de anches, entre Philippe et Frank, entre Philippe et Jean-Marie, qui resteront dans les mémoires. C'est là du grand art. Sans oublier Émilien Legendre, dont Jean-Marie dira que son jeu de batterie est typique de celui joué à la Nouvelle-Orléans.

Et de se quitter, après cette soirée festive et chaleureuse, sur l'espoir que 2013 sera une année d'espoir.


Orphéon Celesta ORPHÉON CELESTA – 02/03/13

Le Jazz est par essence une musique de liberté, où le chant et la musique, s'affranchissant des chaînes, mais aussi des partitions et des portées, que les esclaves ne savaient lire ou composer, s'était ouvert sur l'improvisation, créant spontanément le blues du mal vivre et de l'espoir, de la dérision et de l'humour… À partir de là, tout devenait possible, en maintenant la tradition et en cultivant l'invention, pour permettre à un groupe sans égal, original à souhait, de partager le temps d'une soirée à la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage, ce 2 mars 2013, une bonne humeur salutaire. Un antidote sans égal à la morosité ! Portant haut, comme un oriflamme, un superbe soubassophone blanc, les chevaliers du rire et de la décontraction portent le nom d'Orphéon Célesta. Le quartet nous avait séduit par le passé, en version trio, en 2002 à Nanteau-sur-Lunain, sous le nom de Manu Jackpot puis en 2005 à Lorrez… Et force est de constater que l'ensemble, étoffé cette fois en quartet, n'a pas pris une ride ! Ils se présentent comme les instrumentistes et les chœurs du "grand big band" de l'Orphéon Célesta, rien de moins, pour seulement quatre officiants ! Mais à voir leur faculté et leur aisance à occuper la scène, à jongler avec les instruments, la qualification n'est pas surfaite. Et donc de citer : Emmanuel Hussenot, aux sax alto, flûte à bec et trompinette ; Christian Ponard, aux banjo, guitare et cornet à piston ; Patrick Perrin, au soubassophone ; Romain Ponard, au washboard et aux percussions… Sans oublier des instruments improbables, comme des mirlitons, un téléphone rouge rangé dans le pavillon du soubassophone, une bonbonne de verre, ou encore un banjo en forme de cajot avec lequel, au moyen d'une manivelle, Christian et Emmanuel jouèrent à des Jeux interdits… mais ici permis, même si Entertainer évoque l'Arnaque, tant les paroles sont déjantées, les interprétations inclassables avec effets et gags à gogo. Des morceaux d'anthologie, avec un jeu chanté de masques loufoque, et une interprétation au banjo-cajot à huit mains !
La bonne humeur est communicative et pas moins de quatre morceaux composeront les rappels des bis, pour terminer la soirée alentour de minuit, au Clair de la Lune, bien sûr. Un bain de jouvence et de jouissance, vécu en compagnie du Duke, de Mozart, de Bechet et même de Victor Hugo.


DOUDOU SWING QUARTET – 20/04/13

 

Pour avoir devancé un peu le spectacle et assisté à la balance et à quelques moments de répétition, je dois dire que le quartet de cette soirée du 20 avril 2013 à la Cave du Jazz dégageait tout naturellement beaucoup de sympathie, autour du leader, Philippe "Doudou" Cuillerier, un musicien plein de fantaisie, imprégné de swing manouche et jonglant avec sa voix pour présenter chaque morceau, mais aussi pour raconter une anecdote ou animer le concert d'effets vocaux et de scats souvent époustouflants. Ce n'était pas une découverte pour les organisateurs de La Cave, puisque Jazzy 77 avait déjà accueilli "Doudou" à la Salle Sainte Anne, successivement en trio, en décembre 2004, et en quartet en septembre 2008. D'où le grand plaisir de retrouver le groupe, avec, à côté de "Doudou", la jolie Victorine Martin, à la guitare rythmique et mélodique ; Philippe Mallard, à l'accordéon, et Antonio Licusati, à la contrebasse. Des musiciens talentueux qui habillent la présence vocale de "Doudou" d'un chant instrumental sensible et riche, le groupe offrant au public des morceaux originaux propres à le satisfaire et à se laisser emporter par le swing, mais aussi par des valses ou des bossas
Ce fut donc, dès le début du concert, un temps de partage intense, habillé à la fois de décontraction et de chaleur, et que chacun des spectateurs put vivre tout au long de la soirée. Un grand moment donc pour oublier les interrogations teintées de pessimisme qui colorent la période que nous vivons !


JAZZMOOZY & ROBINSON'S – 22/06/13

 

Soirée exceptionnelle à la Cave du Jazz, ce 22 juin. Avec un jour de retard, mais mieux vaut tard que jamais, Lorrez-le-Bocage saluait la Fête du Jazz sur le parvis de la Salle Sainte Anne, dans un partenariat entre Jazzy 77 et le Comité des Fêtes. Au menu, une merguez partie arrosée à la bière, et au programme deux groupes jazzy, originaires de la région.
Inutile de dire que, malgré le temps gris et les menaces de pluie, - des petits barnums avaient été installés en prévision -, l'ambiance était festive, avec un public des plus nombreux, attiré par les senteurs de barbecue, mais aussi par la musique, à en juger par la salle, où les chaises s'ajoutaient, certains s'attardant au dehors.
Le premier groupe, Jazmoozy, était d'jeune, de part sa fondation en 2011, mais aussi au travers de l'âge des intervenants : il y avait là Léo Andres, - le fondateur -, au clavier ; Julien Valen, à la basse et à la guitare ; Antoine Raffali, - rappeur à ses heures -, à la batterie et aux percussions ; Nicolas Demasson, aux platines ; et, pour terminer le quintet, Chloé Lefèvre, au chant. C'est elle, l'animatrice, qui donne le ton et qui chauffe la salle, avec une voix qui éclate tous les sens, dans des accents tantôt suaves, tantôt rocailleux, souvent autres, accompagnés d'une gestuelle certes un peu désordonnée, mais efficace. Son corps épouse la musique de ses partenaires tant et tant qu'il lui faut parfois retrouver un léger temps d'accalmie, pour récupérer un peu de souffle… Mais l'ambiance est là, festive au max, avec des musiciens dont le talent éclaire une musique bien rythmée, agréable à entendre, et qui trouvera un écho plein de chaleur de la part du public réceptif et conquis.
Quant au second groupe, les Robinson's, il apparaît lors du set suivant un peu comme une formation de vétérans. Et si le concert s'engage par les premières mesures d'un Equinox assez soft, les suivantes montrent que cela s'accélère vite et monte en puissance, et l'on sent tout de suite le métier, dans ce sextet fondé en 2008, qui se présente comme un groupe amateur, mais qui a tout d'un grand. Autour de Frédéric Drevet, à l'animation et à la basse, - c'est aussi le responsable technique de la Cave du Jazz - ; Christophe Ferraton, au clavier ; Marc Drevet, - le frangin -, et Philippe Lejeune, à la guitare ; Stéphane Leboulenger, au saxophone ténor ; Thomas Doublet, à la batterie. Jazz ou Rock, on ne sait pas trop. Mais la musique est riche, plein d'harmonies qui interfèrent et emplissent la salle, sous le souffle permanent de Stéphane, et dans une construction qui donne une consonance vraiment originale aux Robinson's. La moitié des compositions sont le fait du groupe, comme Strange Blues ou Holiday. Avec Funky Blues, la rythmique "madison", invite à danser…
Que dire d'autre, à part que le public, ravi de la soirée, était en partie nouveau à la salle Sainte Anne, ce qui ne pourrait qu'enrichir celui des habitués de la Cave du Jazz. La Fête de la Musique à Lorrez restera, à n'en pas douter, dans les mémoires, et augurent que l'idée ne pourra qu'être reconduite en 2014, où cela tombe un samedi. De quoi satisfaire tout le monde !


Kamlo PIERRE KAMLO BARRÉ – 21/09/13

 

En prélude à la "blue note" musicale proposée par Jazzy 77, ce 29 mars, il y eut le ciel bleu d'une superbe journée ensoleillée, où le patrimoine national ne pouvait qu'attirer les visiteurs, à moins que ce ne soit, plus localement, la présentation, dans le parc du château de la Chapelle Gautier, du programme culturel annuel des Scènes Rurales proposé par Act'Art. Et le bleu a perduré, notamment en soirée à la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage jusqu'à très tard, avec une affluence record en dépit de toutes ces offres attrayantes.
Il est vrai qu'il y avait au programme une grande figure du swing manouche, le guitariste Pierre Kamlo Barré, avec une formation prévue en quintet.
Kamlo n'est pas un inconnu à La Cave, puisqu'il avait déjà séduit le public en mars 2007 et octobre 2011, avec d'autres compagnons de route, - hors le fidèle Claude Mouton, l'un de nos contrebassistes préférés -. Kamlo est un guitariste fort sympathique, empreint de modestie et de simplicité, mais qui, sur scène, révèle avec brillance sa personnalité musicale, toute de sensibilité et de virtuosité. Sa force est aussi de s'entourer de musiciens de talent. Il y avait ce soir Christophe Lagane, inlassable acteur de la "pompe" qui est à la base de la rythmique de la musique manouche ; Marc Marcilly, à l'accordéon et à l'accordina ; et bien sûr Claude Mouton, à la contrebasse électrique.
Oublions vite le percussionniste Charles Sidoun, pourtant programmé et qui a fait faux bond in extremis, transformant la formation en quartet ! Il n'a pas manqué, en fait, par ce que le concert, tel quel, fut flamboyant.
La présence de Max n'était pas étrangère à ce sentiment : il est non-voyant et, à aucun moment, cela ne s'est ressenti au cours du concert ; c'est en cela un musicien étonnant, en symbiose parfaite avec le jeu mélodique des autres instruments, et à l'écoute du moindre signe, - indécelable pour le spectateur – qui l'engage dans les soli. Et il en a de nombreux, tant pour l'accordéon que d'ailleurs pour la contrebasse, des temps forts où Kamlo, s'efface pour participer à la rythmique avec Christophe. En résumé, le grand Django, plusieurs fois évoqué, n'aurait pas de là-haut, dans une trouée de "Nuages”, désavoué un tel concert. On retiendra nombre de moments forts où ces musiciens, tels des plasticiens, dessinent et peignent des paysages, évoquent des atmosphères, à la manière impressionniste, par petites ou larges touches. Un cocktail équilibré de timbres qui se mélangent et s'enrichissent, où se côtoient les notes un peu acides de l'accordéon, celles claires et chantantes des cordes, légères ou puissantes pour la guitare, plaintives et profondes pour la contrebasse, sous les doigtés véloces et virtuoses ou les caresses de l'archet. Comme ces échanges inspirés et sensuels, notamment entre Pierre et Claude, où le plaisir du partage parcourt chaque fois la salle, l'un et l'autre faisant presque corps avec leurs instruments, en en exprimant toute la quintessence sonore, voire leur âme.
Un spectacle de complicité et de plaisir, partagé avec tous, chaleureux, qui se termina alentour minuit par un beau rappel sous le regard des “Yeux noirs” chargés de lumières.


MIRROR SWING QUINTET– 19/10/13

 

Point n'est parfois besoin de regarder très loin pour trouver de bons groupes et ajouter à la liste généralement prestigieuse des invités de la Cave du Jazz. Ce 19 octobre 2013 ce furent des voisins de la région de Montargis, qui vinrent animer la soirée : le Miror Swing Quintet, plutôt écrit Mirror, - pour le pas froisser la célèbre marque de produit qui polit et fait briller le métal -. Mais Mirror ou Miror, peu importe, sachant que ce groupe ne pouvait que faire "briller" la musique Jazzy. Une formation éclectique, orientée très latino, avec son leader, Éric Renaud, aux saxophones soprano, alto, ténor, et baryton; Frédéric Rondeau au clavier, étoffé d'effets Hammond et Wurlitzer ; José Castilla à la guitare basse ; Patrice Ricouard à la batterie, et Gil Durand aux congas et percussions. Ils ne sont que cinq, mais leurs talents sont multiples. Après une ouverture originale, où chaque musicien fit son entrée à tour de rôle pour prendre en main son instrument, le concert commença sous une rythmique très latino, avec des échanges enlevés et colorés entre le piano et les divers saxos. Le groupe a de la personnalité, et le programme, très swing, est divers, avec des standards "bricolés” (selon la formule d'Éric) à sa sensibilité, très chantants et sommes toutes originaux. Certains morceaux furent jadis interprétés par des big-bands, et c'est une performance que de les restituer avec le même brio en quintet. C'est une musique généreuse, qui invite peut-être plus à la danse qu'à l'écoute, et quelques uns, dans l'assistance, ne se privèrent pas de laisser leur corps exprimer la sensualité musicale, dans la pénombre de la salle : bossa, rumba, parfois une biguine ou un ska se succédèrent, faisant oublier le Gâtinais pour les lieux lointains, comme par exemple Cuba… Le public était conquis, et le groupe dut accepter, malgré l'heure tardive, deux rappels, José Castilla cédant sa place, pour le premier, à un autre musicien présent dans la salle, tout aussi brillant, Christophe Michaud.
Pour l'anecdote et le grand plaisir des organisateurs, il y eu aussi la visite impromptue du pianiste "stride" Pierre Calligaris, qui fit plusieurs centaines de kilomètres, - pas moins -, pour venir partager le repas offert aux musiciens par Jazzy 77, et finaliser le concert qu'il donnera à Lorrez-le-Bocage le 14 décembre prochain, invitant pour l'occasion le groupe Buena Sera. Encore du grand jazz en perspective, donc, qui succédera à une autre soirée toujours jazzy mais particulièrement originale, le 16 novembre, et qui accueillera la grande artiste internationale japonaise, joueuse de koto, Mieko Miyazaki.

À vos agendas pour ne pas manquer ces rendez-vous de grande qualité !


KOTO 2 EVANS – 16/11/13

 

Ce 16 novembre 2013, alors que la Salle Sainte-Anne, à Lorrez le Bocage, accueille les premiers arrivants du public, sur la scène de "La Cave du Jazz" un drôle d'instrument accroche la lumière : un koto, nommé parfois "harpe japonaise". C'est un instrument très anachronique dans une formation jazzy, car traditionnellement utilisé dans la musique qui accompagne le théâtre nippon du kabuki et du bunraki. D'origine chinoise, il fut introduit au Japon à l'époque de Nara (VIIe-VIIIe siècles) pour divertir la Cour impériale… Et on ne peut qu'éprouver un certain respect devant cet instrument certes moderne mais à l'origine si ancienne, confectionné en bois de paulownia (une caisse de résonance de 1,80 m de long) et comptant, pour celui-ci, treize cordes tissées hier en fil de soie et aujourd'hui en matière synthétique, tendues sur la caisse et qui s'appuient sur des chevalets mobiles à l'origine en ivoire (koto ji), permettant à tout moment de changer la tonalité.
Lorsque le quartet prit place, avec Maxime Sanchez au piano, Claude Mouton à la contrebasse et Hidehiko Kan à la batterie, et que débuta le concert, Mieko Miyazaki avait pris place derrière son koto, superbe avec son kimono fleuri ceint du traditionnel obi. Dès les premières incantations instrumentales, elle apparut comme une sorte de grande prêtresse, pinçant ou caressant les cordes de ses doigts agiles, avec à la main droite, au pouce, index et majeur, des onglets (koto zume) pour générer les vibratos ou exprimer les notes avec finesse, douceur ou vigueur, avec de subtiles variations lyriques…
L'ensemble est remarquable, chacun montrant sa capacité dans les soli ou le partage en osmose avec le chant mélodique, mais c'est Mieko sur laquelle la pensée se focalise, car c'est la curiosité du groupe. Mais que dire ? Elle joue merveilleusement bien et partage la musique à la fois avec son sourire et son corps, qui épouse sans excès, avec simplicité et grâce, la rythmique jazzy. Que de travail pour atteindre à cette qualité de jeu et de symbiose mélodique ! On sait que sa découverte du koto, elle l'eut à l’âge de neuf ans, suivant alors les enseignements de grands maîtres de l'art : Tomizo Huruya sensei et Sachiko Tamura sensei, puis dix ans plus tard les cours de la "Tokyo National University of Fine Arts and Music", dont elle sortira diplômée en 1992. La suite, ponctuée de distinctions importantes, sera marquée par de nombreux concerts en Asie, bien sûr, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis, puis en Amérique du Sud ou en Afrique du Nord, qui la consacrent comme concertiste de premier plan. À cette même époque, elle est choisie pour représenter le Japon lors de manifestations culturelles internationales. Elle compose aussi et, reconnaissance suprême, reçoit les éloges de Miyako Itchu sensei (douzième du nom), célèbre maître du shamisen, et de Sawai Kazue sensei, illustre interprète de koto. Arrivée en 2005 en France, elle s'imprègne de cultures musicales différentes, créant plusieurs formations, dont l'ensemble présent "Koto 2 Evans", pour le jazz, et principalement dédié à Bill Evans (six morceaux lui sont consacrés), car le titre joue sur la phonétique : 2=two=to (Koto to Evans). CQFD.
Cela précisé, notre kotoïste est vraiment une grande dame, qui enchante en permanence par son jeu libéré et inspiré, avec une maîtrise parfaite d'un instrument particulièrement difficile. La richesse des timbres de l'ensemble est un cadre superbe pour la geste mélodique, où la note est couleur, dans des compositions impressionnistes imprégnées d'Orient et d'Occident, qui nous laissent sous un charme permanent.
Un moment étonnant, succédant à un solo : "Time remembered", où l'artiste comblera notre curiosité en dévoilant un peu des mystères du koto, aura aussi été celui du titre "Mushi no uta" (la chanson du grillon).
Un morceau qui nous projette dans une atmosphère spatiale, avec des notes éparses et claires qui éclatent et s'égrainent dans un environnement sonore léger, généré par l'archet de Claude sur sa contrebasse et les balais de Hidehico sur ses cymbales. Une introduction qui se fond dans l'ambiance sidérale. L'espace vous happe… Mais alors que quelques paroles japonaises s'ajoutent aux instruments, toute l'attention bascule dans un saisissement général : un jaillissement vocal, tel un cri rauque et puissant, qui marque le visage en une grande crispation, mais qui semble provenir du plus profond de l'être, du ventre, du hara. C'est impressionnant, cette force vitale, et vous saisit dans le frisson. Puis, après l'énergie exprimée, très vite le calme revient, retombe, d'autres notes naissent. La voix apaisée murmure, se fond dans les bruissements instrumentaux. Le silence, qui marque la fin, disparaît sous le bruit des applaudissements. On aurait aimé connaître le sens de ce qui avait été exprimé, mais l'artiste ne nous dévoilera pas la signification du chant. Il y a sans doute là un mystère que seule l'âme nippone peut comprendre, où vie, mort, renaissance se côtoient…
Que de beauté, aussi, dans une interprétation plus accessible des "Feuilles mortes", qui marqua le rappel final ! Avec, pour clore le concert, en solo, - sous la suggestion de notre ami Serge -, du classique : ce sera le prélude d'une des suites pour violoncelle de Jean Sébastien Bach. Magnifique !
Et que les regrets assaillent sans modération la quinzaine de réservations qui n'a pas été honorée !
Pour le public présent, ce fut une soirée vraiment exceptionnelle qui marquera le 182e concert de Jazzy 77 !


PIERRE CALLIGARIS INVITE BUENA SERRA – 14/12/13

 

Une soirée faste pour terminer l'année, ce 14 décembre 2013, à la Cave du Jazz de Lorrez-le-Bocage, puisque Jazzy 77 y accueillait Pierre Calligaris, et ses invités de "Buena Serra" : Jacky Boyadjian, à la contrebasse, et Richard Foucher, à la batterie, le trio s'adonnant de surcroît au chant. On ne présente plus Pierre, qui honora la Cave d'au moins sept spectacles, accompagnant entre autres des invités de marque tels Maxim Saury, en mai 2007, et Marcel Zanini, en septembre 2009 ; son jeu au piano "stride" est aujourd'hui légendaire et il sait toujours s'entourer de compagnons talentueux, comme ceux d'aujourd'hui, qui ont joué avec des très grands du jazz, dont on citera, pour les plus connus : Marc Laferrière, Claude Luter, Saury et Zanini,… Donc trois "pros" qui ne pouvaient qu'enchanter un public venu particulièrement nombreux. Dès le premier morceau, avec un "blues de chauffe", - comme le précisa Pierre -, le ton est donné, et cela swingue dans la décontraction et la virtuosité pianistique (sans oublier la qualité de jeu remarquable des autres instrumentistes) ; le plaisir qu'ont ces musiciens à jouer ensemble est contagieux pour la salle, avec un programme éclectique où s'écrivent les signatures de Fats Waller, Armstrong (magnifiquement chanté, entre autres, par Richard, avec une voie rocailleuse à souhait), Zanini, le Duke, Boris Vian, et des compositions personnelles d'essence "boogie".
À la pause, l'accueil des organisateurs de la Cave ajoutera sa touche conviviale, en offrant chocolats et de pâtisseries pour accompagner vin chaud et café… What else ?, dirait Clooney.
Et comment, dans ces conditions, ne pas laisser la soirée se prolonger ; elle se terminera fort tard, après "un morceau impossible à jouer" (dixit Pierre), par un superbe What a wonderfull world, chanté par Jacky, entraînant quelques couples à danser, puis, après le temps d'une partition plutôt apaisante, par un dernier morceau enfiévré qui fera franchir allègrement l'heure de minuit.
On se quittera finalement, sans trop se presser malgré l'heure tardive, avec en tête des chants évoquant des standards appréciés : Caravan, Blueberry Hill, Black and Blue,… et aussi un grand moment de convivialité.